mardi 27 novembre 2012

On ne veut pas d'Histoires

Aujourd'hui, nous avions à préparer des exposés d'histoire courts sur des personnages ou des évènements de nos pays respectifs, pour le cours de Japonais. Ce fut une telle réussite de déballage épique et glorifiant que dans ma rage (je suis un peu tendu en ce moment), je me suis dit que j'allais vous donner des échantillons du résultat de cette idée magnifique :

Comme on pouvait s'y attendre, chacun y est allé de son petit couplet sur LE grand personnage de SON pays, ou L'EVENEMENT marquant de l'histoire de SA belle nation.
Scott a commencé soft, avec un coureur unijambiste de sa patrie, le Canada.
Nevenka a pris la suite en nous faisant l'apologie du prince serbe Lazar Hrebeljanovic (allez-y, prononcez-le, pour rire), qui a arrêté les Turcs à la bataille du Kosovo en 1389. Un grand homme, on peut encore visiter sa tombe.
Bien sûr, la germaine Lisa nous a fait son couplet sur le grand Bismark et son oeuvre unificatrice. J'avais envie de hurler très fort : "Rendez-nous l'Alsace-Loraine !", mais je me suis abstenu, ça aurait fait mauvais genre. On était quand même deux Français dans la salle. Fallait-il y voir un message ?
En réponse, mon camarade Yoan aurait pu choisir Napoléon (le grand, évidemment, pas le petit du coup), mais il a préféré la modération, en se rabattant sur la Révolution française. On s'en est tenu aux généralités bon enfant habituelles, avec quelques approximations, sans s'embêter de tout le fatras des précautions historiographiques et de la modération sur les épisodes de ce moment glorieux de notre histoire, où la moitié de l'Europe s'est pris une fessée par des armées de paysans, à force de vouloir venir sauver notre traître de roi Louis XVI, ce gros méchant qui affamait le peuple (on a un peu oublié la période de monarchie constitutionnelle, pour sauter directement de la Bastille à l’exécution, c'était plus simple). Oui, vous voyez, le problème, c'est que ça fait évidemment partie du programme de khâgne, ce genre de broutilles. Alors du coup, on a les oreilles qui bourdonnent facilement, quand ça s'embrouille dans les dates sans trop s'en rendre compte.

Mais le pompon est venu en clôture de scéance, pour poser la cerise sur le gâteau : notre Taïwanaise Ayano nous a fait un brillant exposé sur un grand chef de la résistance taïwanaise... à l'invasion japonaise de 1895. Très habile. Elle nous a même réchauffé le coeur avec un document hautement historique : la bande-annonce d'une grosse production taïwanaise, bientôt sur vos écrans (oui, vous aussi ça vous fait rire "grosse production taïwanaise" ? Et bien vous ne devriez pas, c'est très condescendant), qui met en scène cette brillante résistance, avec force méchants officiers japonais qui font piller des villages de gentils taïwanais, et de bons sauvages taïwanais qui taillent en pièce de méchants soldats japonais dans la jungle, un peu façon Avatar, les queues de lion en moins. Jugez par vous-même :


Le bouquet final, c'est quand notre professeur a demandé à Ayano, pour lui faire la conversation, pourquoi elle avait choisi ce personnage en particulier. La gentille demoiselle a répondu innocemment : "ben, je voulais un personnage qui ait un rapport avec les relations entre Taïwan et le Japon...".
Dans le mille Emile.

Ce n'est qu'après être rentré chez moi que j'ai fait quelques recherches, pour découvrir qu'en réalité, le film traite effectivement plutôt de l'amitié ou de la réconciliation taïwano-japonaise au delà de la guerre. Avouez qu'en voyant la bande-annonce, comme ça, à sec, on a du mal à se faire une idée...

Moralité : quand on ne sait pas comment ça marche, on ne se mêle pas de faire de l'histoire. Ça évitera les âneries d'une part (ça ne fait jamais de mal), et surtout les débordements nationalisants d'autre part. Bref, la bêtise quoi.

Na.

Et puis alors, vous vous demandez forcément depuis le début : moi, le grand moralisateur qui allume à tout va, qu'est-ce que j'ai bien pu faire, puisque je suis si brillant et si malin ?
Il n'y avait pas de vraie bonne solution, mais j'avais trouvé une sorte de parade. Comme j'avais aussi étudié ça en hypokhâgne, j'avais suffisamment de restes pour faire en confiance une petite présentations des guerres médiques (les mal-nommées), les révoltes ioniennes, Marathon, les Thermopyles, Salamine... Avec quelques explications stratégiques, des dates, une petite frise, deux-trois noms, un dessin de trière, des chiffres armés de prudence, en précisant qu'avec le temps, on ne savait pas vraiment trop, mais qu'on en était là dans les estimations, tout ça, en précisant que pour l'empire Perse, ce géant de l'époque, ces défaites relatives n'étaient pas grand chose, mais que pour les cités grecques, c'était la naissance de l'âge classique, et donc les racines de la culture "européenne". Bref, j'ai essayé de donner une vraie leçon d'histoire quoi, comme on m'a jadis appris à faire.

Vous trouvez ça prétentieux ? Et bien peut-être, mais ça n'étais pas du luxe, puisqu'on m'a quand même demandé (c'était pas un asiatique, non non, c'était un Français, oui oui) : "Mais au fait, les grecs, c'était pas après les Romains ? Je me souviens plus". Et puis il a fallut que je défende becs et ongles que non, l'antiquité, ça ne s'arrêtait pas à Jésus Christ, mais que ça allait bien au moins jusqu'au troisième siècle après. Si, si, c'est pas Jésus qui a mangé l'empire Romain (c'est plutôt l'inverse a priori), ce sont les barbares, longtemps après.

Et on voulait rendre l'histoire optionnelle en terminale scientifique en France ? Je comprends pourquoi : c'est trop désespérant.

Le Moyen-Âge, vous savez, cette looooongue période d'obscurantisme affreux, qui va de Jésus Christ à Louis XIV... on pourrait peut-être l'étendre jusqu'à nos jours finalement. Pour simplifier.