Mon Sauveur
perso est apparu au Japon cette semaine, venu non pas de Nazareth, comme l’autre grand zigue, mais tout droit d’Egypte, en fendant la mer, comme le
barbu Moïse.
Et
oui, car vous ne le savez pas, mais la sœur de Yukiko, qui est hôtesse de l’air pour Ana sur un vol régulier Tôkyô-Le Caire, est mariée à un Egyptien. Je
l’avais déjà rencontré il y a deux an, alors qu’il rendait visite à sa belle
famille à Tôkyô, à peu près à la même époque. Et il parle bien le français. Alors
je l’avais complimenté sur le sujet. Sur quoi il m’avait répondu un peu abruptement :
« Et bien oui, pourquoi pas ? L’Egypte est un pays francophone, non ? ».
Et là vous
vous sentez con, parce que vous vous dites : des décennies d’occupation,
de colonisation et de protectorats au Moyen-Orient, et tout ce que la France a
retenu, tout ce qu’elle vous a mis dans le crâne depuis vos premières leçons d’histoire-géographie
jusqu’à vos premiers propos de comptoir, c’est que l’Egypte est un pays Arabe. Pas francophone. Arabe.
L’Egypte
est donc culturellement francophone, c’est à ne plus oublier ; mais ce que
je n’oublierai pas non plus désormais, c’est surtout qu’outre la langue, l’Egypte
partage aussi avec la France le goût pour le fromage, cette denrée rare
et précieuse qui ne pousse pas en Extrême-Orient, où la seule fermentation qu’on
connait, c’est celle de ces horribles pousses de soja qu’on met dans son bol de
riz au petit déjeuner, pour se garantir une mauvaise haleine carabinée. Vous me
direz, chacun est libre de choisir sa technique pour sauvegarder son espace
vital dans le rush de huit heures du matin.
En
tout cas, depuis une semaine, les relations fromagères franco-égyptiennes au
Japon sont au beau fixe, car entre jaffeurs de lait fermenté, on se comprend,
et le beau-frère de Yukiko, plein de
sympathie culturelle et de compassion pour ma misère, a eu la délicatesse de se
souvenir de moi et de faire un geste pour tempérer ma détresse culinaire :
il m’a apporté, à l’occasion de sa visite à Tôkyô, tout un tas de tranches de fromage
égyptien, du vrai, avec des trous et du poivre noir dedans. Plutôt fort,
mais juste comme il faut, pâte ferme, plutôt sec, en tranches assez fines.
Assez proche du parmesan, à réflexion. Deux jours plus tard, je me précipitais
dans une boulangerie française à Higashi-Nakano,
et ramenais triomphalement une baguette
grosse comme mon bras, payée royalement ¥250
(2,5€). « Non, pas de sac de
conservation, merci, je vais le manger ce soir madame ». Yeux ronds. Et
puis une baquette, ça s’enroule pas dans quinze couches de plastique, ça se
porte sous le bras. Na.
C’était
pas la meilleure que j’aie mangée, mais ça faisait l’affaire. Et voilà le
résultat :
| Oui, le nom de la boulangerie m'a fait marrer aussi. Y'a un Français derrière tout ça, c'est sûr. |
Et
vous savez la meilleure ? Ce matin, j’ai été tiré de mon oisiveté
dominicale par le facteur, qui m’apportait un colis signé Janin. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un fromager plein de
talent d’une petite ville du Jura, où ma généreuse grand-mère a ses habitudes
depuis plusieurs décennies*.
Heureusement
que je passe à Higashi-Nakano tous
les lundi soir !
A Higashi-Nakano, on ne trouve pas seulement du フランス風パン (pain pseudo-français), on trouve aussi de la フランス風文法 (grammaire pseudo-française). J'ai pas pu m'empêcher d'immortaliser ça :
Une sorte de salon de coiffure, apparemment...
* Mon paternel m'enjoint d'observer un certain respect en précisant (je cite) : "Comté 48 mois (4 ans d'affinage), béotien, analphabète, mécréant !"
* * * * *
A Higashi-Nakano, on ne trouve pas seulement du フランス風パン (pain pseudo-français), on trouve aussi de la フランス風文法 (grammaire pseudo-française). J'ai pas pu m'empêcher d'immortaliser ça :
Une sorte de salon de coiffure, apparemment...