dimanche 18 novembre 2012

Panem et caseos


Mon Sauveur perso est apparu au Japon cette semaine, venu non pas de Nazareth, comme l’autre grand zigue, mais tout droit d’Egypte, en fendant la mer, comme le barbu Moïse.
Et oui, car vous ne le savez pas, mais la sœur de Yukiko, qui est hôtesse de l’air pour Ana sur un vol régulier Tôkyô-Le Caire, est mariée à un Egyptien. Je l’avais déjà rencontré il y a deux an, alors qu’il rendait visite à sa belle famille à Tôkyô, à peu près à la même époque. Et il parle bien le français. Alors je l’avais complimenté sur le sujet. Sur quoi il m’avait répondu un peu abruptement : « Et bien oui, pourquoi pas ? L’Egypte est un pays francophone, non ? ».
Et là vous vous sentez con, parce que vous vous dites : des décennies d’occupation, de colonisation et de protectorats au Moyen-Orient, et tout ce que la France a retenu, tout ce qu’elle vous a mis dans le crâne depuis vos premières leçons d’histoire-géographie jusqu’à vos premiers propos de comptoir, c’est que l’Egypte est un pays Arabe. Pas francophone. Arabe.

L’Egypte est donc culturellement francophone, c’est à ne plus oublier ; mais ce que je n’oublierai pas non plus désormais, c’est surtout qu’outre la langue, l’Egypte partage aussi avec la France le goût pour le fromage, cette denrée rare et précieuse qui ne pousse pas en Extrême-Orient, où la seule fermentation qu’on connait, c’est celle de ces horribles pousses de soja qu’on met dans son bol de riz au petit déjeuner, pour se garantir une mauvaise haleine carabinée. Vous me direz, chacun est libre de choisir sa technique pour sauvegarder son espace vital dans le rush de huit heures du matin.

En tout cas, depuis une semaine, les relations fromagères franco-égyptiennes au Japon sont au beau fixe, car entre jaffeurs de lait fermenté, on se comprend, et le beau-frère de Yukiko, plein de sympathie culturelle et de compassion pour ma misère, a eu la délicatesse de se souvenir de moi et de faire un geste pour tempérer ma détresse culinaire : il m’a apporté, à l’occasion de sa visite à Tôkyô, tout un tas de tranches de fromage égyptien, du vrai, avec des trous et du poivre noir dedans. Plutôt fort, mais juste comme il faut, pâte ferme, plutôt sec, en tranches assez fines. Assez proche du parmesan, à réflexion. Deux jours plus tard, je me précipitais dans une boulangerie française à Higashi-Nakano, et ramenais triomphalement une baguette grosse comme mon bras, payée royalement ¥250 (2,5€). « Non, pas de sac de conservation, merci, je vais le manger ce soir madame ». Yeux ronds. Et puis une baquette, ça s’enroule pas dans quinze couches de plastique, ça se porte sous le bras. Na.
C’était pas la meilleure que j’aie mangée, mais ça faisait l’affaire. Et voilà le résultat :



Oui, le nom de la boulangerie m'a fait marrer aussi. Y'a un Français derrière tout ça, c'est sûr.


Et vous savez la meilleure ? Ce matin, j’ai été tiré de mon oisiveté dominicale par le facteur, qui m’apportait un colis signé Janin. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un fromager plein de talent d’une petite ville du Jura, où ma généreuse grand-mère a ses habitudes depuis plusieurs décennies*.
Heureusement que je passe à Higashi-Nakano tous les lundi soir !




* Mon paternel m'enjoint d'observer un certain respect en précisant (je cite) : "Comté 48 mois (4 ans d'affinage), béotien, analphabète, mécréant !"


* * * * *



A Higashi-Nakano, on ne trouve pas seulement du フランス風パン (pain pseudo-français), on trouve aussi de la フランス風文法 (grammaire pseudo-française). J'ai pas pu m'empêcher d'immortaliser ça :



Une sorte de salon de coiffure, apparemment...