dimanche 4 novembre 2012

Yasukuni-jinja & fioritures

Zero-sen

Hier, je suis allé voir les championnats de kendô du Japon avec Yukiko, mais comme on ne comptait pas tout voir, on a surtout profité de la journée en commençant pas aller faire un tour au Yasukuni-jinja. Vous savez, c’est ce sanctuaire shintô qui fait polémique à peu près tous les ans, chaque fois qu’un politicien Japonais facétieux, plein d’humour et de provocation gratuite, décide d’aller y rendre cérémonieusement hommage aux « héros de guerres » morts pour la patrie durant la seconde guerre mondiale. Ces braves héros de guerre que la plupart des pays voisins (Chine, Corée,…) ont encore le mauvais goût rabat-joie d’appeler des « criminels » de guerre (on ne se souvient plus pourquoi, ça n’est pas mentionné dans les manuels d’histoire).

Nous avons donc payé une petite visite au musée nationaliste qui jouxte le sanctuaire, et qui reste tout à fait dans le ton. Yukiko m’a dit « les Chinois et les Coréens ne viennent pas visiter ce musée », et j’ai rapidement compris pourquoi.
On a pu y voir de beaux courts métrages pleins d’images d’archive glorieuses sur fond de belles musiques ronflantes, ainsi que des interviews enthousiastes d’anciens pilotes de zero-sen de la marine impériale japonaise.  Je me permets de supposer qu’il s’agissait de morceaux choisis.
L’invasion de la Chine en 1938 est longuement décrite sur des panneaux pleins de cartes et de mouvements de troupes en rouge et bleu, réunis sous le titre d’ « incident chinois » (支那事変), anticipé par « l’incident de Manchourie » (満州事変). Bien sûr, la prise de Nankin s’appelle la « campagne de Nankin ». Avec beaucoup de détails stratégiques.

Cela dit, quand chez nous d’anciens ministres de la défense se permettent des bras d’honneur à l’Algérie sur les plateaux de télévisions, je crois qu’on peut faire un peu d’ironie au sujet des autres, mais difficilement donner des leçons de bonnes manières…

Pour le reste, on a aussi eu le détail de la première guerre sino-japonaise en 1894-95, la raclée infligée aux Russes en 1905, l’échec lamentable de l’invasion mongole de 1281, et les combats épiques de la marine impériale de 1941 à 1945. J’ai même vu un grand étendard japonais « with authentic battle damage » ! Toute une salle consacrée à la famille impériale japonaise, et une série de salles, moins fun, avec d’innombrables photos d’identités en noir et blanc de tous les jeunes marins et pilotes disparus pendant la guerre du pacifique. Yukiko m’a dit : « Quand ils sont morts, ils devaient certainement dire Maman ! plutôt que Tennô heika banzai ! ».

On est passé par des galeries de personnages célèbres de l’ère Meiji et de proches de la famille impériale, et Yukiko connaissait tous leurs noms, car elle dit qu’un bon nombre d’entre eux ont des descendants qui sont membres du club de gentlemen pour lequel elle travaille à Roppongi. La classe, hein ?

Bon, il y avait aussi son lot d’épées, de sabres, d’arcs, de lances, de naginata, d’armures, d’avions, de maquettes de bateaux de toutes les tailles et de toutes les couleurs, et un vestige de « bombe humaine » planante, blanche avec une jolie fleur de cerisier rose pâle peinte sur le fuselage. La beauté fugitive de la guerre…


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Le soir, après les combats de finale, on est allé profiter du week-end dans un restaurant de fruits de mer que Yukiko avait réservé à Tôkyô. Oui, Tôkyô est aussi un quartier de Tôkyô. Belle mise en abîme, n’est-ce pas ? Il faut également savoir que c’est un quartier chic, juste à côté du Palais Impérial (au sud). Ce qui peut vous laisser deviner le niveau des restaurants.
On s’est donc vraiment fait plaisir. Vin blanc pétillant en apéritif, salade, grosses crevettes et beignets de crevettes avec de super sauces en entrée ; huîtres « à la bourguignonne » pour Yukiko (préparation au beurre persillé, comme les escargots de chez nous) et gambas grillées à l’ail pour moi, avec du concombre sauce vinaigre/sucre/oignon/aneth en accompagnement. Un régal. En dessert, tarte tatin (cannelle !) avec une boule vanille maison. C’était vraiment de la bonne cuisine, et j’ai la chance de ne pas pouvoir vous dire le montant de la note.
On a fini la soirée dans un pub du marunouchi building, Baileys et cocktail. Du temps bien employé.

Oui, je ne fais pas que travailler non plus.