A peine plus d'un mois que je suis rentré. Mon mémoire terminé, il est finalement temps de faire le bilan, bilan qui m'est gracieusement demandé par la région Rhône-Alpes comme condition du dernier versement de ma bourse Explo'ra sup. Je m'exécute, à titre d'épilogue, et vous tire ma révérence, d'ici à de prochaines aventures :
Dans le cadre des accords qui lient l’université Lyon 3 et
l’université Meiji [明治大学] à Tokyo
(Japon), je suis parti durant un an pour étudier en échange dans le département
des Etudes Japonaises Internationales
de cette université [国際日本学部], afin
d’enrichir mes connaissances dans le cadre de mon travail de recherche de
master 2 en Histoire de la philosophie
sur L’Ethique des arts martiaux japonais
(le budō [武道]). Mon séjour s’est déroulé
de la mi-septembre 2012 à la mi-août 2013. J’ai effectué d’abord mon
second semestre, puis mon premier, puisque les années scolaires japonaises sont
inversées par rapport aux nôtres, le second semestre allant de septembre à
janvier, puis le premier d’avril à juillet, avec les vacances de printemps qui
s’intercalent entre eux de février à mars.
L’université Meiji est une université assez populaire au
Japon en raison des nombreuses personnalités célèbres qui y ont étudié (parmi
elles, le réalisateur Kitano Takeshi [北野武] par exemple), même si elle
est plutôt loin derrière les universités japonaises vraiment prestigieuses,
telles que l’université de Tokyo [東京大学]
ou l’université Waseda [早稲田大学].
Son classement diffère selon les organismes de notation et les critères privilégiés,
mais il est souvent autour de la vingtième place nationale. En revanche, elle
est très réputée pour son accueil des étudiants étrangers, réputation méritée.
Sa popularité au Japon lui permet également de disposer de fonds importants,
grâce au nombre d’élèves inscrits, qu’elle sait attirer en retour par la
modernisation constante de ses infrastructures. Ce dernier point en fait
globalement une université très agréable à vivre. Elle est également réputée
pour son département sportif, puisqu’elle participe au tournoi des six
universités en Baseball, sport favori des Japonais (tournoi incluant Hōsei,
Keiō, Rikkyō, L’université de Tokyo et Waseda).
L’université accueil environ 35 000 étudiants répartis sur 4 campus : Surugadai
[駿河台] dans le centre de Tokyo,
vers la station Ochanomizu [御茶ノ水], où se déroulent les
cours de japonais pour tous les étudiants étrangers ; Izumi [和泉] à l’ouest
de Shinjuku [新宿], près de la station Meidaimae [明大前], où se trouve la toute
nouvelle résidence Izumi International
House (construite il y a deux ou trois ans) pour une partie des étudiants
étrangers ; Ikuta [生田] excentré, qui accueille
notamment le département d’agronomie ; enfin le campus flambant neuf de Nakano [中野]
près de la station du même nom, qui est exclusivement consacré au département
des Etudes Japonaises Internationales
depuis 2013.
Le défaut majeur de cette abondance de campus dans une ville
aussi grande que Tokyo, c’est évidemment la perte de temps en déplacement entre
chaque lieu, dans le cas où tout ce que l’on a à faire ne se déroule pas au
même endroit, ce qui est fréquent pour les étudiants étrangers. Dans mon cas
par exemple, logeant à la résidence d’Izumi,
il fallait trois fois par semaine se rendre tôt le matin aux cours de japonais
du campus de Surugadai, en pleine rush hour, en empruntant deux lignes
parmi les plus bondées de Tokyo (et les plus fréquemment encombrées par des
suicides) : la Keiō [京王] et la Chuō [中央], avec un
transit par la gare de Shinjuku,
première gare au monde en termes de trafic quotidien de passagers (environ 3 millions et demi). C’est une
expérience matinale amusante au début, qui devient rapidement très pénible.
Cela devient d’autant plus frustrant que l’un des campus de l’université, Izumi, se trouve lui à 10 minutes à pied de la résidence où
habitent la moitié des résidents étrangers. Des amis ont réalisé un court
métrage parodiant le célèbre clip Gangnam
Style du chanteur coréen Psy,
dans le cadre d’un travail pour l’université, qui permet de se rendre un peu
compte de cette expérience. On peut le visualiser sur YouTube à l’adresse http://www.youtube.com/watch?v=Acg2OU3MRS0.
A partir de 2013, le Département des Etudes Japonaises
Internationales ayant déménagé du campus d’Izumi à celui de Nakano,
cela ajoutait encore aux déplacements, puisqu’il fallait également s’y rendre
en train, alors qu’il suffisait auparavant de moins de 10 minutes de marche pour aller en cours depuis la résidence, et
pour en revenir.
Or, il ne faut pas sous-estimer au Japon, et à Tokyo en
particulier, à la fois la pénibilité et le coût des transports, qui sont chers
et épuisants. Dans le cas précédent, le prix d’un abonnement de trois mois entre les trois campus
cités, avec une réduction étudiante, s’élève à environ 20'000 yen, soit 200 euros.
C’est plus du double d’un abonnement campus à Lyon, et cela ne permet de se
déplacer de manière illimitée que sur l’itinéraire fixe entre les trois campus.
Tout autre déplacement doit être payé en supplément, car les transports en
commun se payent à la distance au Japon, et non au temps (en France, un ticket
donne généralement droit à une heure de déplacement sur un réseau donné ;
au Japon, on paye à l’itinéraire).
Du point de vue de mes recherches, le séjour a été très
profitable, et j’ai bénéficié de l’appui et des conseils de mon professeur
référent, le vice-directeur de l’université, Monsieur Nagao Susumu [長尾進]. Il est notamment
responsable des recherches sur le sport et les arts martiaux au Département des Etudes Japonaises
Internationales, et dispense des cours sur les arts martiaux japonais. Il
possède lui-même le 8ème dan
dans la pratique du kendō [剣道], l’escrime traditionnelle
japonaise au sabre, grade qui est actuellement le plus élevé dans cette
discipline. Il m’a ainsi permis d’intégrer le club de l’université au niveau
intermédiaire, le Taidōren [体動連], où j’ai pu m’entraîner
presque quotidiennement, obtenant mon troisième
dan fin avril 2013. J’ai
parallèlement pu poursuivre aussi mon entraînement en iaidō, la pratique réelle du sabre japonais, et j’ai obtenu mon premier dan dans cette discipline début
mars 2013.
Le résultat et l’avancée de mes recherches sur l’éthique qui
sous-tend historiquement la pratique des arts martiaux japonais peuvent être
suivis sur le site https://sites.google.com/site/penseedubudo/,
où plusieurs articles en anglais ou en français, rédigés dans le cadre de mon
travail à l’université, ont été publiés. Mon mémoire final sera prochainement
disponible sur ce site également.
a.
Vie Pratique
· Logement
Durant cette année, j’ai eu la
chance d’être accepté à la résidence d’Izumi
International House, rattachée à l’université Meiji et située à moins de dix minutes à pied du campus du même
nom. La gare de Meidaimae est
également très proche dans la même direction, et permet de se rendre
directement à Shinjuku, gare à partir
de laquelle on peut se rendre rapidement en presque tout point de Tokyo.
Cette résidence est très bon
marché compte tenu de son emplacement avantageux et de la grande qualité de ses
locaux, parfaitement neufs : la résidence sur trois étages est divisée en
« unités », qui sont des appartements de six ou sept locataires.
Chacun dispose d’une chambre privée avec une mini salle de bain dotée de
toilettes. La pièce commune comporte une grande table et une cuisine moderne,
un frigo et un four micro-onde multifonction. On dispose également d’une
machine à laver à pièce dans chaque unité. Le loyer est de 45'000 yen par mois, soit 450
euros, sans les charges. En ajoutant l’électricité que l’on dépense pour le
chauffage ou la climatisation individuelle et l’eau chaude, l’hébergement
revient à environ 500 euros par
mois, ce qui est inespéré à Tokyo pour un service de cet ordre.
L’ambiance dans cette résidence
dépend évidemment de ses locataires, mais elle est généralement très
chaleureuse, également grâce au personnel charmant et serviable qui en a la
charge. La variété des résidents et leur soif commune de rencontres et de
voyage en fait généralement un melting
pot plein d’énergie et de ressources, qui permet de partager de nombreuses
expériences, et de très bons moments.
La seule contrainte de cette
résidence est l’interdiction d’y faire entrer des non-résidents sans les
enregistrer à l’entrée surveillée, ces derniers devant quitter les lieux avant
dix heures du soir. On pourrait également déplorer un peu le manque de vie du quartier,
très résidentiel et assez huppé, en comparaison avec des quartiers plus
populaires mais nettement plus colorés, de l’autre côté de Tokyo.
Il est également possible d’être
hébergé à Komae International House dans
une quartier plus éloigné, mais cette résidence est nettement plus
contraignante et moins bien réputée, car elle offre une vie nettement moins
libre, puisqu’elle abrite également des étudiants japonais. Malheureusement,
lorsqu’on souscrit à l’hébergement lors de l’inscription en échange à l’université,
il n’est pas possible de choisir sa résidence, qui est attribuée aléatoirement.
Les autres solutions à Tokyo sont
généralement les collocations dans des appartements privés ou dans des guest house. Certaines agences
spécialisées pour les étrangers peuvent être accommodantes, mais dans le cas de
la plupart des propriétaires japonais, la tradition veut qu’on paye une forte
caution (qui n’est généralement pas retournée, car elle est attribuée à
l’entretien des lieux) et un « cadeau » d’emménagement, le shikikin [敷金] et le reikin [礼金], qui
équivalent ensemble à deux ou trois mois de loyer. Comme on paye les loyers au
début du mois au Japon, l’apport financier initial est très élevé.
· Argent
L’argent est effectivement l’un
des principaux problèmes de la vie au Japon, et tout particulièrement à Tokyo.
Comme toutes les capitales, Tokyo est une ville particulièrement chère. Les
transports en commun le sont énormément. Le logement et la nourriture
correspondent environ à Paris, ce qui reste cher du point de vu lyonnais. Une
particularité japonaise est de presque tout payer en liquide. Il est donc très
important de bien s’arranger à l’avance avec sa banque pour les plafonds de
retraits. Comme les commissions bancaires internationales sont toujours
élevées, il est fortement conseillé de retirer beaucoup à chaque fois. Le Japon
étant un pays très sûr, un portefeuille perdu, même bien garni, se retrouve souvent
au commissariat du coin (mais ce n’est pas une raison pour tenter la chance pour
autant). L’idéal est de disposer d’une bourse du gouvernement japonais, comme
la JASSO, qui permet de recevoir un versement directement en yen dans une
banque japonaise.
Il faut savoir également que les
distributeurs au Japon fonctionnent 24h/24,
mais ont la particularité d’imposer une taxe de retrait hors horaire
d’ouverture entre 18 heures et 9 heures, ainsi que dans le cas où l’on
retire dans une banque qui n’est pas celle où l’on a son compte.
De manière générale, l’argent au
Japon n’est pas vu comme en France, et on peut rapidement être beaucoup
sollicité pour participer à des soirées ou lors de démarches administratives,
sans que cela paraisse anormal ou extraordinaire, alors qu’on a plus
d’attention en France pour ceux qui seraient éventuellement en difficulté
financière. Il ne faut jamais oublier que le Japon est un pays riche avec une
classe moyenne très importante, et une forte culture de consommation. Dépenser
beaucoup fait donc partie des mœurs, alors qu’on a plutôt la mentalité inverse
en France.
· Santé
Pour ce qui est de la couverture
sociale, même si l’on dispose d’une couverture française, l’université Meiji
oblige ses étudiants étrangers à souscrire à la couverture sociale locale, car
les soins sont chers au Japon, et la couverture française ne rembourse qu’au
retour en France. En cas par exemple d’hospitalisation, il faut pouvoir payer
immédiatement de fortes sommes, donc la souscription locale est
nécessaire : elle prend en charge immédiatement 70% des frais médicaux. Dans le cas d’un étudiant, sans revenu,
elle revient environ à 10'000 yen à
l’année dans le district de la résidence d’Izumi
(on souscrit sur son lieu de résidence au Japon, et ces souscriptions peuvent donc
être variables), soit 100 euros.
Il est demandé également de
participer aux frais de l’infirmerie de l’université, à hauteur de 2'500 yen (25 €) pour Meiji.
Quant au système de santé dans son
ensemble, mon expérience ne me permet pas, par chance, d’en parler en
connaissance de cause. Il est cependant connu que la constitution des Japonais
fait que leurs médicaments sont souvent trop faibles pour les Occidentaux, et
font peu d’effet. Il est donc conseillé, pour prévenir les simples rhumes en
hiver, d’emporter une boîte personnelle de médicaments communs.
Les Japonais, surtout en ville,
font également un très fréquent usage des masques médicaux en hivers, afin
d’éviter de se transmettre des germes dans la rue, au travail ou dans les
transports en commun. Cette coutume un peu surprenante peut s’avérer finalement
assez perturbante, car la population japonaise se transforme dans cette période
en une armée d’hommes et de femmes sans visage, qui ajoute au côté anonyme déjà
oppressant de l’énorme métropole.
· Télécommunications
Le Japon est un pays extrêmement
bien desservit du point de vue des télécommunications : c’est un leader
mondial en la matière. A Tokyo, les communications Internet sont très rapides,
accessibles à l’université autant que dans les résidences, et généralement dans
tous les appartements. Le Japon a la particularité d’offrir également les
services de nombreux cyber-cafés, dont les célèbres Manga Kissa, où l’on peut passe la nuit sur Internet dans un box
privé pour des sommes rivalisant avec les hôtels les moins chers.
Bien que tous les Japonais
possèdent généralement les derniers modèles de téléphones portables, les
cabines téléphoniques, à pièce et à carte, sont toujours très nombreuses dans
la capitale, et on en trouve sans problème, notamment dans les gares. Elles sont
vertes et se repèrent donc facilement. En outre, il est généralement possible
d’acheter des téléphones portables prépayés pour des tarifs assez bon marché.
Dans mon cas, je disposais d’un abonnement de 3'000 yen (30 euros)
pour deux mois, dont 300 yen alloués
à un service de mails illimités, qui est disponible dans tous les abonnements
japonais. J’utilisais donc les mails pour les communications courantes, et
pouvais recevoir en permanence des appels téléphoniques. Par ailleurs, un
numéro de téléphone est souvent requis pour les enregistrements administratifs.
· Vie universitaire
Le système universitaire japonais
est assez différent de l’élitisme et de l’exigence du supérieur français, car
une très forte sélection s’effectue à la sortie du lycée, au moment de l’entrée
à l’université, qui se fait sur concours national. Il faut donc réussir ce
concours pour obtenir les universités les plus cotées. Il en résulte un
certain relâchement dans les années universitaires, car les établissements
accordent sans peine leurs diplômes une fois dans leur cursus. En France au
contraire, c’est l’entrée qui est aisée, et l’obtention du diplôme qui demande
du travail.
Le diplôme universitaire japonais
équivalent à notre licence s’obtient en quatre ans, mais les deux dernières
années sont plus consacrées à la recherche d’un emploi qu’aux études. Celles-ci
n’ont d’ailleurs pas forcément beaucoup de rapport avec l’emploi qu’on
décrochera, le but n’étant généralement pas tant de faire un métier donné que
d’intégrer une grande entreprise renommée. L’emploi au Japon se prend
normalement dès l’obtention du diplôme, ce qui explique cette chasse aux
entreprises durant les deux dernières années. Les étudiants japonais sont
souvent très surpris de savoir qu’en France, on doit d’abord obtenir son
diplôme avant de chercher un emploi pour lequel on pourra ainsi justifier d’un
degré universitaire. Il semble d’ailleurs assez rare que les Japonais
poursuivent en master, alors que c’est plus fréquent en France. Cela s’explique
sans doute aussi par un niveau de chômage environ deux fois moindre.
Le système à l’université Meiji se
fonde sur des crédits accordés à chaque matière que l’on choisit de suivre
chaque semestre. On se compose ainsi librement son propre programme parmi un
large choix de cours variés dans le département où l’on est entré, pour 20 crédits maximum, sachant qu’une matière
occupe 2 crédits en moyenne. Comparées
aux partiels français, les évaluations sont très faciles : une grande part
de la note finale (jusqu’à 40%) est
souvent évaluée sur l’assiduité, c’est-à-dire la présence en cours. De nombreux
professeurs font leur évaluation sur des travaux rédigés chez soi, les fameux
« rapports », au nombre de un, deux ou trois par semestre, selon les
matières. Certaines matières sont évaluées sur des travaux de groupe comme des
exposés, et seules certaines matières ont des examens en temps limité à la fin
du semestre, examens dont les questions à développer sont souvent données une
ou deux semaines à l’avance. Attention, ce fonctionnement n’est pas
nécessairement commun à tout le Japon ; c’est en tout cas celui en vigueur
généralement au Département des Etudes
Japonaises Internationales de l’université Meiji.
La notation s’effectue avec un
système de lettres qui correspond à un pourcentage de réussite à l’épreuve
: S = >90% ; A = >80% ; B = >70% ; C = >60%.
Un F représente un échec (<50 b="">).50>
La relation avec les professeurs,
comme souvent, est très variable. Si certains sont très distants et illustrent
l’idée qu’on peut se faire de la hiérarchie très marquée de la société
japonaise, les professeurs qui dirigent des recherches sont au contraire assez
chaleureux avec les élèves de leur « séminaire », dont ils sont
responsables. Cela dépend sans doute également des départements, mais les
relations entre élèves et professeurs semblent assez relâchées à l’université.
· Stage
N’ayant participé à aucun stage,
je n’ai malheureusement aucune information utile à délivrer à ce sujet. Je
pense simplement qu’il faut être solidement préparé à travailler dans une
entreprise japonaise lorsqu’on s’apprête à y entrer, car leurs méthodes de
travail sont très différentes des nôtres : beaucoup de réunions oiseuses,
beaucoup de « cohésion d’équipe », ce qui implique beaucoup d’heures
de travail et des débats prolongés, sans grande efficacité immédiate. Ce
système trouve son utilité dans la très grande qualité et le perfectionnement
du projet fini, mais peut rapidement agacer les Français qui, comme moi, aiment
le travail efficace où l’on répartit des tâches spécifiques à chacun, et où
tout doit être terminé dans les grandes lignes à un moment donné, afin qu’on
puisse passer à la suite, ou tout simplement rentrer chez soi se consacrer à
autre chose.
· Vie Quotidienne
Le climat japonais peut être un
peu perturbant selon les saisons. L’automne et le printemps sont les deux
saisons les plus douces et les plus agréables. Les températures sont assez
proches de celles de la France toute l’année, mais le taux d’humidité très élevé
en été et très bas en hivers donne une sensation très différente : les
muqueuses (nez, bouche) se dessèchent facilement en hivers, et on transpire
énormément en été dès qu’on met un pied en dehors des bâtiments climatisés, à
partir de fin mai ou début juin, et ce jusqu’à la mi-septembre, qui est la
période des typhons : ponctuellement, la côte sud est balayée par des
vents et des pluies violents.
Il y a bien sûr des séismes
périodiques au Japon, mais il sont souvent à peine perceptibles si on ne se
trouve pas dans les étages d’un bâtiment. On s’habitue très vite généralement,
et ceux qui atteignent des amplitudes remarquables sont extrêmement rares.
Pour une raison que j’ignore, la
nuit tombe rapidement au Japon, et le jour se lève tôt. Même en été, le soleil
ne se couche jamais au delà de 19-20
heures, et se lève dans ce cas vers 4
heures du matin. En hivers, où les jours se resserrent, il se lève toujours
assez tôt, et se couche déjà vers 16
heures. C’est sans doute une des raisons pour laquelle la vie nocturne au
Japon commence assez tôt, et ne se prolonge pas nécessairement très tard dans
la nuit, à cause des transports en commun qui s’arrêtent entre minuit et une
heure du matin à Tokyo. Exceptionnellement, certains groupes font donc des « all »,
c’est-à-dire « all-night », et rentre chez eux avec les premiers
trains le matin.
Que ce soit à l’université, dans
les activités extérieures ou en entreprise, les japonais font beaucoup de nomikai [飲み会],
des sorties en soirée avec un groupe donné de gens (votre séminaire, votre club
de sport, vos collègues de bureau), afin de renforcer la cohésion du groupe. Il
est assez mal vu de refuser de s’y joindre, à moins d’avoir un empêchement
réel. Les étrangers seront toujours plus facilement excusés, car il s’agit d’une
tradition japonaise, mais il est bon de s’y prêter si l’on veut s’intégrer
réellement : c’est considérer comme une preuve de bonne volonté. Cela peut
cependant devenir rapidement un fardeau lorsqu’on appartient à de nombreux
groupes différents à causes de ses activités, et que les nomikai se multiplient toutes les semaines, d’autant qu’il est
généralement attendu des Occidentaux qu’ils tiennent bien l’alcool, ce qu’on
peut vouloir vérifier en essayant de vous faire boire abondamment. La formule
la plus courante offerte par les débits de boisson dans ce cas-là étant bien
souvent « boisson à volonté », une formule très courante au Japon, le
problème qui peut alors se poser également, c’est de ne pas disposer de
finances nécessaires pour suivre le rythme de ces sorties en soirée. Les
Japonais ayant pour habitude d’organiser leurs soirées en un, deux ou trois
volets, chacun dans un établissement différent, ils dépensent parfois jusqu’à 10'000 yen (100 euros) en une seule nuit, sans vraiment se poser de questions.
Pour ce qui est des courses et de
l’approvisionnement, le Japon est sans doute le pays le plus pratique au monde,
en tout cas dans les grandes villes. Les Japonais disposant de peu d’espace
chez eux, ils ont l’habitude de faire des courses presque quotidiennement, et
délaissent les centres commerciaux, presque inexistants, au profit d’une
profusion de petits supermarchés de quartier, qui ne se trouvent donc jamais
loin de l’endroit où l’on habite. Ces supermarchés sont généralement ouverts de
9 heures à 22 heures, et outre les consommables usuels, ils distribuent de
nombreux plats préparés, car les Japonais cuisinent peu chez eux par eux-mêmes.
Outre ces supermarchés, les villes japonaises sont truffées de convenient stores, « combini »
en japonais, qui sont ouverts 24h/24
et 7j/7, et distribuent tout le
nécessaire d’usage : nourriture chaude et froide, boissons chaudes et
fraîches, magazines, cosmétiques et produits de soin d’urgence, parapluies, etc.
Ils disposent aussi généralement d’un distributeur de billets et d’un service
de photocopie à pièce. Comme leur nom l’indique, ces magasins sont très
pratiques, et on prend vite l’habitude dangereuse de se reposer confortablement
sur leur disponibilité permanente (un de mes amis italiens appelait celui au
coin de notre rue « le frigo », car en cas de besoin, il suffisait
tout simplement d’y descendre, à toute heure du jour ou de la nuit).
Un des meilleurs moyens de s’intégrer
dans la société japonaise, comme le faisait déjà remarquer le judoka britannique
Trevor Leggett
au milieu du siècle, c’est sans doute de se consacrer à un art traditionnel
japonais, qu’il s’agisse d’un art martial ou de calligraphie, de danse ou de
musique traditionnelle, d’ikébana ou de cérémonie du thé. C’est lorsqu’on s’intéresse
à ces pratiques-là que les Japonais se sentent véritablement en confiance, car
cet intérêt se distingue de la consommation touristique commune chez les
Occidentaux, et de l’intérêt superficiel pour la pop culture japonaise, telle
que les mangas, les animés, la J-pop et ainsi de suite. En effet, ces pratiques
traditionnelles sont proprement et purement japonaises, solidement ancrées dans
les traditions. Montrer un intérêt pour elles flatte et rassure les Japonais
sur la sincérité de notre curiosité pour eux, de telle sorte qu’ils montreront en
retour un intérêt et une attention particulière pour ceux qui s’y adonnent avec
sérieux. Bien sûr, il n’est pas exclu d’y rencontrer aussi quelques grincheux
condescendants qui considéreront avec un certain mépris ces gaijin (étrangers) qui ont la prétention
de faire des progrès dans une activité proprement japonaise, mais cette attitude est vraiment rare. En revanche, il
est vrai que même lorsqu’ils font tout pour transmettre leur savoir-faire dans
un de ces arts traditionnels, de nombreux Japonais considéreront au fond d’eux
qu’un Occidental, tout appliqué qu’il soit, ne pourra jamais en comprendre
véritablement toute la profondeur : celle-ci ne peut être atteinte que par
un pratiquant issu lui-même de la culture japonaise. Bien qu’on puisse lutter
contre ce préjugé par son sérieux, force est de constater qu’en définitive, une
certaine dimension culturelle de ces pratiques nous échappera toujours, et qu’on
finit inévitablement par atteindre ses propres limites à vouloir être « plus
japonais que les Japonais ».
La Nourriture au Japon. Ne
vous y trompez pas, le Japon est un pays gastronomique qui a une cuisine très
raffinée. Pour autant, si vous êtes Lyonnais, que vous aimez la charcuterie, la
viande rouge, le bon vin, le bon fromage, le bon pain et les pâtisseries, vous
finirez probablement par être très malheureux, car rien de tout ça ne peut se
trouver au Japon, sauf éventuellement à y mettre des prix parfaitement
déraisonnables. La charcuterie n’existe pas au Japon ; la viande rouge est
chère, très grasse et fondante, et souvent servie en tranches fines ; le
vin qu’on trouve communément en dehors de magasins spécialisés n’est pas bon ;
le fromage est industriel, les produits laitiers rares en général (le beurre
est très cher et peu employé, absence totale de crème fraîche épaisse) ; enfin,
en dehors du pain de mie carré industriel, les boulangeries françaises à Tokyo
font un pain quelconque, des croissants pauvres en beurre et des pâtisseries
étranges, le tout à des tarifs qui les marquent comme des produits plutôt
luxueux. De manière générale, les quantités japonaises sont assez chiches,
quoique suffisantes, et les mœurs sont à la nourriture maigre. Les amateurs
français de bonne chère et de nourriture riche doivent donc se préparer à
l’avance à de nombreuses et douloureuses privations. Pour ceux qui souhaitent
perdre quelques kilos en revanche, un séjour au Japon constitue généralement un
très bonne occasion de prendre des habitudes saines.
b.
Etudes
· Séminaire d’orientation
De manière générale, les étudiants
étrangers sont très bien pris en charge par leurs universités d’accueil, et le
Japon est très bon pour tout ce qui touche à l’hospitalité. Les Japonais ont
conscience de la particularité de leur pays et de leur langue, et feront tout
pour qu’on ne se sente pas perdu en arrivant, notamment en organisant de
nombreuses orientations ou soirées d’intégration (des soirées très sages et
très orchestrées, cela va de soi). L’une des grandes difficulté du Japon, c’est
que sa population est globalement très mal à l’aise avec l’anglais et les
langues étrangères en général. La conscience d’être mauvais en langues
étrangères et la peur de faire des fautes sont d’ailleurs certainement leurs
plus gros handicapes, loin devant leur compétence réelle, qui n’est
probablement pas si mauvaise qu’ils le pensent. Vivre au Japon sans parler
japonais est donc possible, mais très limité, y compris au sein d’un
département international, dans une université qui vante ses nombreux échanges
avec l’étranger : le triste constat, c’est que même là, il n’y a presque
aucun étudiant japonais réellement capable de communiquer avec autre chose que
sa langue maternelle. Quand on en rencontre finalement un qui a cette capacité en
revanche, il est souvent très bon, voire excellent.
· Calendrier universitaire – date début,
fonctionnement semestriel ou trimestriel, congés
L’année scolaire japonaise se
découpe en deux semestres, d’avril à juillet d’abord, puis de septembre à
janvier ensuite. Entre eux s’intercalent donc les vacances d’été, d’un peu
plus d’un mois, et surtout les « grandes » vacances de printemps, en
février et mars. C’est souvent l’occasion pour les clubs sportifs de faire de
grands rassemblements d’une semaine pour des entraînements intensifs de « vacance »,
où l’on s’entraîne le jour et où l’on boit la nuit. En dehors de ces deux
périodes, il y a une semaine de congés au nouvel an, et une autre pour la « golden
week » en mai, sans compter une poignée de jours fériés nationaux.
· Système administratif
Le système administratif japonais
est très lourd. Plus encore qu’en
France, on aime la bureaucratie au Japon, et comme on est hors du cadre
européen, les choses sont toujours nettement plus compliquées qu’au sein
confortable de l’espace Schengen. Il faut très souvent remplir de nombreux
papiers et faire de nombreuses signatures, mais le plus ennuyeux dans l’opération,
c’est que le fonctionnaire japonais est souvent très pointilleux, et la moindre
rature sur un formulaire officiel peut obliger à tout recommencer depuis le
début sur un formulaire vierge. Il faut par exemple savoir qu’au Japon, une
croix signifie « non ». Il faut donc cocher une case avec un petit « ü »,
sans quoi on risque de poser de graves cas de conscience au responsable.
Dans le cas de documents vraiment
officiels, comme l’ouverture d’un compte en banque, il sera aussi nécessaire de
se faire fabriquer un tampon, car les japonais ne signent pas leurs documents
officiels, considérant qu’une signature est aléatoire et peut être imitée. A
la place, ils utilisent des sceaux avec leur nom, qui deviennent donc
obligatoires lorsqu’on s’attaque à certaines démarches. Dans ce cas, on peut
souvent se faire indiquer une boutique où l’on fabrique ce genre de sceaux en
une petite heure.
· Déroulement des cours
Les cours au Japon dépendent sans
doute des établissements. Le format à l’université Meiji est d’une heure et
demie. La plupart sont des cours magistraux, en dehors des « séminaires »,
qui sont des sortes de réunions d’harmonisation avec le professeur référent pour
les travaux de recherche. De nombreux cours vérifient l’assiduité des élèves,
qui sera fortement prise en compte dans la note semestrielle. Certains cours
mettent aussi (ou plutôt) l’accent sur la participation spontanée des élèves,
qui donne des bonus dans la note finale. Certains cours prennent également la
forme d’exposés animés par les élèves. Il arrive selon les professeurs qu’il
soit demandé en fin de cours de rédiger un petit compte-rendu de ce qui a été
dit dans l’heure. Des « rapports » sur le contenu des cours, ou un
petit travail de recherche sur le sujet abordé sont souvent demandés dans le
courant du semestre, et constituent l’évaluation de la matière. Je n’ai cependant
jamais rien vu de vraiment semblable aux travaux dirigés de l’université
française, sauf peut-être en cours de japonais, exclusivement réservés aux
étudiants étrangers, et souvent plus académiques et scolaires que les autres
disciplines.
· Qualité des cours : niveau académique
De manière générale, la qualité
des cours au Japon me semble moindre que celle qu’on trouve en France. D’après
l’expérience que j’en ai eu, l’université japonaise est plus une structure
visant à former de futurs bons employés qu’à développer des caractères, former
des cultures personnelles et faire acquérir des savoirs et des savoir-faires.
En France aussi, chaque faculté a
ses professeurs paresseux, qui meublent des cours non préparés en racontant
leur vie plutôt qu’en enseignant quelque chose, mais ce cas de figure est en
fait assez rare, et le stratagème n’est jamais poussé à outrance, même s’il
agace. La plupart des cours sont construits et abordent un sujet en profondeur.
Au Japon, qui a calqué son système universitaire sur le système américain, l’intégrité
et le sérieux des professeurs recrutés est souvent à mettre fortement en doute,
avec certains cours parfaitement vides, qui constituent des pertes totales de
temps, sans compter que le principe de l’assiduité notée oblige à venir
assister à chaque cours. J’ai rarement vu de cours véritablement construit au
Japon (quoiqu’il y en ait quand même, qui s’avèrent très bons), sans doute
aussi parce qu’on a l’habitude en France de structures très fortes dans l’organisation
d’un savoir. On se trouve donc facilement désarçonné par des programmes de
semestre un peu aléatoires, qui présentent parfois une description alléchante
et très séquencée sur le papier, mais qui ne sont en fait que du vent dans leur
réalisation. Il s’agit d’un cas extrême, mais qui peut se rencontrer. Le
problème est qu’on ne peut donc jamais trop savoir à quoi s’attendre avant de
véritablement connaître les professeurs, et il est sage alors de se construire
un programme de semestre plutôt en fonction des enseignants qu’en fonction du
sujet de leur cours : celui-ci sera toujours intéressant avec un bon professeur,
tandis que même un sujet intéressant a
priori peut s’avérer être une perte de temps monumentale avec un professeur
peu compétent, et peu soucieux de l’être.
Bien sûr, il est donc toujours
possible pour ceux qui en ont la volonté de prendre leurs études en main au
sein de l’institution, afin de se former l’esprit. Avec un bon choix de cours
et en connaissant les enseignants, on peut arriver à apprendre énormément,
notamment sur des sujets et avec un angle de vue introuvables en France. Malheureusement,
l’université japonaise est un peu la récréation après un secondaire oppressif,
et le système de choix des cours est souvent l’occasion pour les élèves de se
faire des programmes minimum, en évitant les cours du matin pour pouvoir se
lever tard, et en se libérant des plages horaires pour les jobs étudiants, afin
de gagner l’argent nécessaire à une vie étudiante coûteuse et animée.
· Charge de travail
La charge de travail peut vraiment
varier énormément d’une université à l’autre et d’un département à l’autre,
comme partout. Globalement, le travail scolaire ne m’a jamais semblé écrasant,
mais il peut y avoir de fortes périodes d’accélération, lorsque les rapports à
rendre se multiplient en fin de semestre par exemple. La difficulté vient
souvent des travaux qui sont demandés en japonais, et qui réclament
généralement beaucoup de temps de rédaction. Tout est ensuite une question de
dosage avec les activités extra-scolaires que l’on souhaite pratiquer et l’investissement
personnel que l’on est prêt à faire. Quant à obtenir des résultats suffisants,
ce ne sera jamais un problème, à moins de vraiment se laisser aller.
c.
Bilan & suggestions
-
Quel bilan
faites-vous de ce séjour à l’étranger ? Quelles ont été les principales
difficultés que vous avez rencontrées ? Vos projets personnels et
professionnels ont-ils évolué au cours de ce séjour ? En quoi ?
Ce séjour a été très riche à de
nombreux égards, et tout particulièrement sur le plan des connaissances
acquises dans mon domaine d’étude, l’éthique
des arts martiaux japonais, car des connaissances précises sur ce sujet
sont rares en France. Il était donc vraiment avantageux d’aller se nourrir à la
source et de profiter de l’expertise et de la recherche japonaises sur la
question. En dehors de l’étude pure, la pratique des arts martiaux a aussi été
très agréable et payante, comme toujours, car c’est encore au Japon qu’on
trouve les meilleures structures pour évoluer rapidement et solidement, même s’il
faut pour cela traverser quelques périodes difficiles de remise en question.
La difficulté était donc d’arriver
à concilier toutes les activités quotidiennes dans un programme hebdomadaire
dense, en étant loin de ses bases et de ses repères, dans un pays où la culture
particulière, aussi attirante soit-elle, reste un fossé qu’il est parfois impossible
de combler. Passé le temps d’adaptation, il faut donc être capable de tenir sur
la durée, loin des siens et de ses habitudes, dans un pays qui est très
accueillant, mais avec une culture paradoxalement très fermée sur elle-même,
comme en témoigne la difficulté à communiquer avec la majorité des japonais dans
une autre langue que la leur.
Ma seule véritable évolution
concernant mes projets professionnels est ma conviction que l’entreprise
japonaise est une structure qui ne me convient pas, et que j’éviterai d’intégrer
autant que possible à l’avenir.
-
Avez-vous
eu besoin d’être encadré, préparé et orienté avant et pendant votre séjour ?
Comment cela s’est-il passé ? Quel rôle a joué votre établissement dans cette
préparation ? Avant votre départ, êtes-vous entré en contact avec des étudiants
ayant déjà effectué un séjour dans le même établissement d’accueil que vous ?
Avec des étudiants étrangers venant de votre établissement d’accueil ?
Il est toujours utile d’être encadré et préparé avant et
pendant le séjour, surout pour un voyage à l’autre bout du monde : le
Japon n’est pas l’Espagne ou l’Angleterre ; la langue est structurellement
différente, la culture très particulière et la distance énorme. Si l’on n’est
pas préparé, il faut se préparer soi-même, notamment en essayant de se
documenter un minimum pour essayer de commencer à briser tous les préjugés, l’imaginaire
et les idées reçues qui nous conditionnent depuis la France (et qui viennent
malheureusement parfois de la documentation elle-même). On ne peut jamais vraiment
en venir à bout avant d’être confronté à l’expérience véritable du pays, mais
le choc est sans doute moins vif si l’on fait d’abord un travail sur soi. Il
faut notamment combattre l’image idéaliste ou séduisante d’exotisme que l’on a
souvent du Japon, sous peine de se trouver tôt ou tard confronté à une certaine
désillusion. Il est légitime d’être attiré par la culture japonaise, mais comme
toutes les cultures, elle a ses faiblesses, et la distance qui nous en sépare
ne fait rien pour les rendre plus facile à accepter une fois qu’elles se
dévoilent.
Quant à la préparation administrative, les établissements
sont généralement parfaitement rodés, tant en France qu’au Japon, et leur seul
défaut est qu’ils sont donc un peu déconnectés des étudiants, qui sont parfois
laissés vaguement dans l’ombre sur des sujets qui les inquiètent. Comme les relations internationales, de part et d’autre,
sont parfaitement au courant des calendriers, des échéances et des procédures, elles
ne se soucient pas d’informer spontanément les candidats de l’avancement des
décisions et de l’évolution des choses. Partir à l’étranger est souvent un gros
investissement pour les étudiants, tant personnel que financier, et on s’inquiète
souvent très rapidement de savoir si l’on est accepté en échange ou non, et
dans quelles conditions. Malheureusement, la lenteur des démarches
administratives et l’étalement du calendrier des réponses fait qu’on est
parfois laissé dans le doute pendant de très longues périodes, vides de
communication, qui sont sources d’angoisse. Au lieu de toujours mettre la pression
sur les étudiants pour qu’il fournissent un travail de qualité jusqu’à leur
départ, il serait sans doute bon de leur accorder plus de confiance, car on s’aperçoit
par la suite que les départs à l’étranger, une fois attribués, ne peuvent
quasiment jamais être refusés, sauf problème grave : pourquoi donc nous
faire douter jusqu’au bout ?
Pour pallier ce problème, il est donc effectivement bon de
se mettre autant que possible en contact avec des étudiants actuellement en
échange, ou bien qui en reviennent, afin qu’ils rassurent ceux qui vont partir
en leur fournissant de bonne volonté les informations pratiques qui leur ont
été utiles. Ce système est souvent mis en place localement avec succès. On
pourrait imaginer qu’il soit globalisé, organisé et structuré de manière simple
et pratique à l’échelle régionale, voire nationale, en mettant à profit l’outil
Internet et les structures déjà existantes dans les universités.
-
Si vous
deviez repartir à l’étranger, quelles erreurs éviteriez-vous ? Comment vous y
prépareriez-vous ? Que suggéreriez-vous à ceux qui vont partir ?
La
prochaine fois que je partirai, j’éviterai sans doute de m’imposer un séjour si
long sans interruption, malgré le coût contraignant d’un aller-retour entre le
Japon et la France. Il ne faut pas négliger le bien que peut faire une simple
pause au milieu de l’année. Il est bon à cet égard de tisser rapidement des
liens à l’étranger avec d’autres personnes expatriées, avec lesquelles on
partage cet éloignement, et qui en comprennent la difficulté. De cette manière,
on évite la solitude chronique, notamment lors des événements culturels qui
nous marquent, comme les fêtes de Noël par exemple. Il est bon également de conserver
des contacts à distance à l’étranger après le retour au pays, même épisodiques,
de manière à ne pas perdre l’ancrage qu’on a acquis lors d’un premier séjour.
Il s’agit toujours ensuite d’un appuis sur lequel on peu solidement compter,
particulièrement au Japon, où l’hospitalité est très développée, et où les
liens d’obligation qui lient les particuliers, s’ils sont réciproques, peuvent
être très forts.
Sachant
que dans le cas d’un séjour dépassant six mois, le mal du pays se manifestera
tôt ou tard sous des formes variées, il faut essayer de faire en sorte de ne
pas s’imposer trop de contraintes, afin d’avoir des portes de sortie possibles
et des moyens de décompression. Dans le cas du Japon, et plus encore de la
ville japonaise, la société est très oppressante et exigeante. Les Japonais ont
leurs propres méthodes pour s’en échapper occasionnellement, mais ces méthodes
ne fonctionnent pas toujours pour nous. Il faut donc savoir aussi rester fidèle
à soi-même parfois, et savoir conserver un équilibre et une certaine liberté
personnelle. A l’inverse, ne faire aucun effort pour s’intégrer dans le système
japonais est une erreur, car cela isole, et fait passer à côté de nombreuses
expériences très enrichissantes, qui permettent de découvrir une autre manière
de vivre que celle dont on a l’habitude. Ce genre de découverte ne peut être
que bénéfique pour le développement du caractère.
-
Quelles
améliorations estimez-vous intéressantes d’apporter aux échanges internationaux
?
Dans l’idéal, il serait intéressant d’avoir à l’échelle
internationale des accords semblables à ceux qui lient l’espace européen, car
bien qu’on parle de mondialisation, on s’aperçoit rapidement de la lourdeur des
démarches administratives dès que l’on commence à voyager un peu en dehors de l’Europe
(ce qui fait prendre conscience en creux de la valeur et de l’utilité des accords
Schengen). Il s’agit bien entendu d’une idée actuellement irréalisable et qui
pose de nombreux problèmes, mais qui mérite sans doute qu’on l’envisage, ne
serait-ce que pour changer notre vision des échanges internationaux. Il n’en
reste pas moins que la possibilité pour les étudiants de faire ces échanges est
une très belle opportunité de s’ouvrir l’esprit et d’acquérir une conscience humaniste.



