mercredi 31 octobre 2012

Du cachet


Aujourd’hui, c’est l’effervescence sur le campus d’Izumi : tout le monde prépare le 明大祭 (meidaisai, fête de l’université), et il y a des étudiants en tuniques violettes qui s’activent dans tous les coins, montent des estrades, suspendent des lampions, collent des nuages d’affiches dans les montées d’escalier et décorent tout ce qu’ils peuvent.

Tous les cours de l’après-midi ont été annulés, ce que j’ai découvert après deux vaines tentatives pour assister à ceux que j’avais à mon programme (je me disais aussi). Ça tombe bien, j’avais cours uniquement l’après-midi aujourd’hui.

Je ne sais pas ce que ça va donner, mais ça a l’air bien parti.

dimanche 28 octobre 2012

« A la pointe de l’instant ». (Mais alors vraiment à la pointe).


Sakai - Asai - Shimoda - Kataoka (senseis)
Saitô - Shintani (sensei) - Masaki - Kiyo
Asai (kun) - Kôta - Suzuki - Kimu - Shimizu
Ma journée était tellement exaltante qu'il faut absolument que je vous la raconte, même en quelques mots, malgré mon épuisement :

Je me suis levé ce matin (dimanche !) vers six heures (oui, du matin), pour être prêt à partir vers 7h30, le tout dans le but de faire une heure et demie de train, traverser la moitié de Tôkyô et être au Riverside Sport Center de Taitô-ku vers les 9 heures. Là-bas on s’installe, l’échauffement des jeunes commence, cérémonie d’ouverture, premiers combats. On regarde, on traine, on somnole debout. Pause de midi. Ça s’étire. Vers 15h, je me présente à mon poste, je saute un tour (c’est le tirage, c’est comme ça), et je ne suis déjà qu’à deux tours de la quart de finale. La baston va enfin commencer. La fête hein ?

Et bien j’ai passé ma journée là-bas pour me faire gicler comme un gros fruit en 15 secondes, chrono en main, par un certain Toya-kun du Hatsune. Hiki-kote ; debana-kote, merci monsieur, au revoir monsieur. Rendez-vous à la saison prochaine.

Y’a pas de vidéo du combat hein, on n’a pas eu le temps d’appuyer sur « play ».
  


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Heureusement, Shintani-sensei m’a sauvé la soirée en m’invitant (encore !) dans ce petit resto qui est maintenant en face de sa nouvelle maison temporaire (si vous avez suivi depuis le début, ils ont fermé le sentô). On était avec son fils Kôta, Masaki-kun (aussi à Meiji, en droit), une copine à lui et sa mère Saitô-san. On s’est blindé, mais alors blindé le ventre de gyôza, de soba, de kara-age, d’eda-mame, de concombres aux épices et de légumes frits, arrosés de bière et d’une sorte de… gin tonic (eh oui), en parlant kendô, université, kendô, souvenirs, kendô, voyages, kendô, potins (de kendô), et en faisant des photos-manga, dont je vous livre ici un échantillon, pour conclure :


Les 4 fantastiques

Allez, la prochaine fois, je ferai 20 sec''. Ce qui compte, c'est le progrès...

samedi 27 octobre 2012

C'est la fête !

Ce soir, c'était "Halloween Party" dans le département des Global Japanese Studies.

Pour ceux qui n'ont pas idée, ce genre de fête commence à six heures et se finit à huit, il n'y a pas d'alcool parce qu'on est sur le campus (et puis certains sont mineurs, moins de vingt ans, alors c'est interdit), on s'est inscrit à l'avance et on signe à l'entrée, on se déguise soit en trucs d'halloween (des sorcières, des vampires ou des citrouilles cousues main par la grand-mère), soit en trucs trop kawaii (des... sorcières, des petits chats ou des Minnies), soit en trucs carrément chelou (des sorcières, des Donalds et des bananes), on se regroupe tous à l'intérieur, il y a un petit discours, et après on peut se goinfrer de bonbons. Mais détrompez-vous, c'est très funky.
Déjà, parce que tout le monde n'est pas fin cuit au bout de 30 minutes (contraste avec la semaine dernière).
Ensuite, parce qu'il y a plein de jolies sorcières et autres costumes généralement plus franchement sexy que flippant (même une petite diablesse à se faire damner les anges... qui rappelons-le, n'ont pourtant pas de sexe).
Et enfin parce que même si c'est très cadré, tout le monde papote en rigolant, on prend des photos avec tout le monde, et pendant deux heures, on oublie les réalités cruelles de la vie pour plonger dans un monde où tout n'est que sucreries et sourires niais.

Moi je dis ça, j'y suis resté trois quart d'heures, parce que j'avais entraînement, vous imaginez bien. Retour à la réalité cruelle sus-nommée : séries de kiri-kaeshi et de renzoku-wasa. Ça vous apprendra la vie, bande de moules !

Pour illustrer mon propos, j'ai récemment reçu une photo de Yuma-chan, responsable en la matière dans le département (toujours un appareil autour du cou). Ça date de la soirée d'accueil des étudiants en échange, fin septembre, mais ça vous donnera une idée, en attendant les photos de ce soir.

Moi je sais pas bien faire, hein, j'ai l'air tout coincé, alors prenez plutôt exemple sur elle :

Hai, chi----zu !


vendredi 26 octobre 2012

Le Retour du zombie IV (Zombie Strikes Back)

Ne t'en fais pas, je vais bien...


Oui, bon, je suis un peu fatigué, hein.
Je vous l'ai fait façon Shaun of the Dead, histoire que ça ait un peu de gueule.
Mais enfin, c'est bientôt le repos du guerrier, car ce week-end, c'est la dernière compétition du mois ! YAHOU !
Euh... ah oui... c'est aussi parce que c'est le dernier week-end du mois...

Enfin bon, on a trois jours de vacances pour la Toussaint, alors on va pas se plaindre, hein. Ils sont encore trop bons. Et puis ça fait quatre avec le dimanche qui suit, un vrai luxe ! En plus, on n'a qu'un ou deux entraînements durant ces trois jours, alors je vais me la couler douce, vous pensez ! Juste le sixième dan de Hirai-sensei à fêter aussi. Et puis un exposé à préparer avec mon groupe sur "la symbolique de Kusanagi-no-tsurugi comme lien entre les dieux et les hommes dans le mythe de Yamata-no-orochi" (pour ceux qui connaissent pas, c'est un peu comme Excalibure, mais la Dame du Lac, c'est un gros serpent à huit têtes qui se goinfre une vierge tous les ans. C'est juste un peu moins sexy quoi). Il faut simplement lire un gros bouquin avec des tas de kanji que même mon dico il connaît pas. Du vrai gâteau en somme ! Ça me laissera même le temps d'aller voir les championnats nationaux de kendô au nihon budôkan...

Je vous rapporterai des photos (hin hin hin !).

dimanche 21 octobre 2012

Waseda

Lui, il pratiquait en jôdan.
Ça se voit à sa façon de tenir sa bière, non ?

Chers lecteurs,

Je reviens tout juste de la nomikai qui a marqué la fin de la compétition qui opposait aujourd’hui les taidôren de Meiji et de Waseda, compétition à laquelle j’ai eu l’honneur de participer (j’ai gagné mon combat, mais on s’est pris une petite déculottée, pour ceux que ça intéresse. Les détails plus tard). Pour l’instant, je vis dans un monde trouble et plein de vagues et d’aléatoires visuels. L’explication, c’est que j’ai appris ce soir toutes les règles primordiales de la beuverie sociale universitaire japonaise. Je vous retranscris ça à chaud :

- Règle n°1 :         ne jamais refuser un sempai qui vous offre à boire.
- Règle n°2 :         ne jamais refuser un sempai qui vous offre à boire, même (et surtout) s’il vient de Waseda.
- Règle n°3 :         les sempai de Waseda sont beaucoup plus « forts en alcool » et « sévères » (pas en état de faire une traduction intelligente) que les sempai de Meiji.
- Règle n°4 :         (précède toutes les autres) : on ne manque jamais une nomikai du taidôren. Surtout quand on est gaijin. Et on est « fort en alcool » (comme les Chocapics en chocolat), parce qu’on vient de France, et que la France, c’est le pays du vin.
- Règle n°5 :         on présente toujours l’étiquette de la bouteille de bière du côté des sempai quand on repose la bouteille sur la table (ce qui suppose qu’on l’a soulevée d’abord. Oui. Vous êtes balaizes en logique vous, dites !).
- Règle n°6 :         la bière, c’est bien, mais au bout d’un moment, c’est dégueulasse. Vraiment.
- Règle n°7 :         Quand c’est un sempai qui sert, on tend son verre de la main droite, et on met la main gauche sous le verre, pour le présenter. Si on est servi par un kohai, ça ne se fait pas.
- Règle n°8 :          Quand on vient d’être servi par un sempai, il faut boire au moins une petite gorgée juste après, pour montrer qu’on apprécie. Le top de la classe, c’est de le faire toujours avec la main gauche sous le verre.
- Règle n°9 :         On peut faire finir les bouteilles cul sec à d’autres personnes de son choix, pour se venger des souffrances endurées jusque là. Dans ce cas, on crie « Binda, binda ! Binda binda binda ! * clap clap clap clap * Binda, binda ! Binda binda binda ! ». (NDT : retranscription phonétique et rythmique approximative). Le problème, c’est quand ça tombe sur vous.
- Règle n°10 :       lors du Xième kampai à verre plein, on peut régurgiter (ou carrément vomir, au choix) dans des sacs en plastique que les serveurs tiennent près à cet effet dans leurs poches. C’est prévu. C’est rassurant. Si vous êtes prévoyants, il y a aussi les toilettes. Vous pouvez combiner les deux à volonté.
- Règle n°11 :       comme j’ai fièrement défendu l’honneur des Français de Souche ce soir, je n’ai pas régurgité dans un sac en plastique. Mon copain Awa-chan s’est donné 4 fois à la tâche, selon ses dires. En revanche, j’ai dû aller m’isoler trois fois entre l’Izakaya et ma chambre pour évacuer le trop plein de ma vessie. Heureusement, c’était prévu dans le planning de l’excursion.
- Règle n°12 :       Prévoyez une solide excuse bidon, du genre « j’ai un super examen difficile mardi prochain (c’est vrai !), je dois aller réviser ce soir » pour échapper à la deuxième session.
- Règle n°13 :       (vous avez vu, je compte plutôt bien finalement !) : quand vous rentrez plus tôt que les autres, vous vous excusez une bonne dizaine de fois de votre impolitesse. Heureusement, ce sont des formules toutes prêtes (お先に失礼させて頂きま~す!). C’est très très très important (m’a dit Awa-chan, très fort). D’abord aux sempai lors du départ de l’izakaya, ensuite aux sempai dans le train, puis aux sempai à l’arrivée, etc. Enfin, à tout le monde avant de rentrer définitivement chez vous. NB : J’ai essayé de leur apprendre le teste de bourritude (se tenir le nez en passant le bras sous la jambe opposée) sur le chemin du retour, en plein milieu d’un quai de la Japan Railway à Shinjuku, mais Awa-chan m’a dit que ça ne se faisait pas, à cause des autres gens (souvent bien bourrés aussi, hein). Moi je m’en fous, j’ai réussi. De toute façon, il était aussi bourré que moi, et les autres avec.
- Règle n°14 :       D’après Watanabe-san, un entraînement intensif est moins dur à supporter qu’une nomikai avec Waseda. Je suis d’accord.
- Règle n°15 :       Vous êtes à une table tranquille, avec des filles gentilles qui vous posent des questions banales ? Buvez votre modeste verre, grignotez votre salade en papotant avec vos voisins, et n’allez pas faire le malin avec vos amis de la table d’à-côté. C’est un piège ! Ce sont probablement de gros fous qui ont déjà vomi trois fois dans la dernière demi-heure, et qui ne demande qu’à vous mettre au défi. Et si c’est un sempai de Waseda qui préside la table, vous êtes dans de beaux draps. Ils s’entraînent souvent, il parait. Et ils ne vous lâcheront pas.
- Règle n°16 :       quand on sert un sempai, on présente toujours l’étiquette de la bouteille au-dessus. Sinon on peut se prendre une tarte (il parait).
- Règle n°17 :       mangez bien avant. C’est risqué, mais ça amorti.
- Règle n°18 :       vous aimez la bière ? Moi aussi… à petites doses.
- Règle n°19 :       quand on fait kampai, c’est souvent à verre plein. Faut le descendre après. Pensez-y à l’avance. Un petit verre à pied, ça use, ça use, mais beaucoup de petits verres à pied, ça vous retourne carrément les tripes. Eh oui, la bière, ça gonfle, hein ?
- Règle n°20 :       Méfiez-vous des spaghettis aux fruits de mer. Ça ressemble traîtreusement à de la carbonara. Pourtant, les crevettes étaient bonnes, et je me suis fait péter le ventre de frites et de kara-age.
- Règle n°21 :       quand on voit un camarade tomber dans un profond sommeil éthylique, on dit qu’il « est mort » (死んでいる, pour les avertis). Si on voit juste son corps étendu sur un tas de vêtements, on dit que c’est « un cadavre » (死体). J’ai eu du bol, je ne suis pas mort ce soir.
- Règle n°22 :       J’ai calligraphie demain. Vous me voyez tracer des traits droits vous ? Ha ha ha…
- Règle n°23 :       Ah, oui, boire de l’eau cette nuit. Beaucoup d’eau. Beaucoup beaucoup d’eau.

En bref, ce qu’il faut retenir, c’est que le sempai est roi, et a droit de vie ou de coma éthylique sur ses sujets. J’ai été très impoli ce soir en esquivant la deuxième partie, mais avec cinq heures de sommeils et une compétition dans les pattes, je ne me sentais pas de festoyer à meidaimae jusqu’à 5h du matin avec la troupe de Meiji.

Pourtant, ça faisait envie, hein ?

Binda, binda ! Binda binda binda ! * clap clap clap clap * Binda, binda ! Binda binda binda !

mardi 16 octobre 2012

Le Maniaque de la Carbonara frappe encore


On s'amuse comme on peut...

lundi 15 octobre 2012

Takoyaki's Party


Ce soir, nous avons hébergé un atelier takoyaki, grâce à un ami japonais de Patrick (qui a manifestement bien plu à Sarah, soit dit en passant…). Moi je l’ai apprécié surtout parce que c’est le premier que je vois faire la vaisselle après s’en être servi dans cet appartement. On connait tous ma maniaquerie sur la question, mais avouez que le matin au réveil, quand vous entrez dans la cuisine avant tout le monde, c’est plus sympa si vous n’avez pas à farfouiller dans un évier débordant de casseroles sales pour trouver et laver rapidement votre bol favori pour votre petit déjeuner. Surtout qu’une fois l’éponge pleine de mousse, vous m’imaginez bien, je ne peux pas résister et j’attaque généralement la montagne de bols et de couverts qui traînent, avec des grains de riz gluant tout bien collés partout sur les parois après avoir séché là toute la nuit. Et après ça, mes colloc débarquent comme des fleurs une demi-heure plus tard pour me dire que je suis trop gentil and it’s so nice to you and so on, sans comprendre que j’essaie juste de donner un peu l’exemple, avec l’espoir que la sauce prenne. En vrai, ça m’amuse pas tant que ça de faire 10-15 minutes de vaisselle tous les matins, alors que j’ai déjà fait la mienne la veille. Faire remarquer la gentillesse des autres, ça reste toujours un moyen efficace et peu coûteux d’éviter de remarquer sa propre fainéantise…
Enfin, pour ce qui est de ce soir, je participais seulement de l’extérieur. Comprenez que je prenais des photos de loin en préparant ma double ration de bolognaise dans mon coin. Parce que, les takoyaki c’est bon, mais c’est pas un bout de pieuvre coincé dans une boule de pâte qui vous tient au ventre pour l’entraînement du lendemain. Donc je fais ma popotte à part. Moi il me faut du concret.
Bon, j’avoue, j’en ai mangé quand même un, pour goûter… et puis c’était tendu gentiment par une jolie chinoise souriante, alors ça se refuse pas. C’est de la sociabilisation.







dimanche 14 octobre 2012

Le 40ème anniversaire du Matsuba Kendô Club


C’était il y a déjà deux semaines, il est temps que je lève le voile sur cette cérémonie exceptionnelle, et que je rappelle les souvenirs avant qu’ils ne s’estompent.

40 ans, c’était une date importante, parce que ça fait remonter les débuts à l’époque où nos actuels professeurs étaient eux-mêmes de petits gamins en culotte courte. C’était donc aussi l’occasion de ressortir les vieilles photos, et de se souvenir que les 7ème dans ne sortent pas tout armés de la cuisse de Jupiter. Ça permettait enfin de remarquer la continuité du club, et la fidélité de ses pratiquants, fidélité qui se transmet en quelque sorte de génération en génération, puisqu’on retrouve dans les rangs du club les papas, les mamans, les frères et les sœurs, par familles entières.
Matsugaia est comme un petit village où tout le monde se connaît, tout le monde ayant fréquenté la même école (Matsuba, « Aiguille de pin »), et ce dôjô fait un peu revivre en moi à la sauce moderne l’idéal que je me fais des anciens clans du Japon, à petite échelle. Et même si je suis une pièce bizarrement et épisodiquement greffée à tout ça, je suis toujours fier d’être considéré comme partie de cette communauté, avec le même plaisir que j’ai à donner une partie de ma vie au dôjô de Lyon quand je suis en France. C’est dans ces lieux que j’en suis venu à comprendre qu’un homme n’a pas de valeur en soi, mais en acquière une au sein des groupes auxquels il se lie. C’est aussi ce qui donne tout son sens à l’aversion des samouraïs pour le statut de rônin.

On a fait les préparatifs le samedi soir (29 septembre), à la place de l’entraînement habituel. Le lendemain, le rendez-vous était à 8h30, pour régler les derniers détails et se mettre en place. La cérémonie commençait à 10 heures, donc on était larges d’une bonne demi-heure, mais le Japonais n’est jamais trop large sur les horaires.
A 10 heures pétantes, on était tous alignés en rang par équipes (A, B, C) dans la salle, devant la tribune. Tous les professeurs (une petite dizaine) étaient alignés sur notre droite, et Nagase-san était au micro sur une petite estrade dans un coin, avec pour responsabilité de faire les annonces et les présentations. Très important, les présentations. Là, c’était comme les tournois du moyen-âge : le héraut doit connaître les noms complets, les blasons, les titres et les hauts faits de chacun. Nagase était pâle d’anxiété, de peur de faire une erreur de prononciation sur un nom.
Shimoda-sensei, maître du dôjô, a fait entrer tous les officiels du kendô de Taitô-ku, depuis Fukumoto-sensei, fraîchement à la tête de l’association du district, jusqu’au directeur de l’école Matsuba et son adjoint. Il y avait aussi des femmes, dont une dame très remarquable, avec un maintien impeccable, une tenue très chic, et un superbe chapeau à large bord. Je ne me souviens plus de son statut exacte, mais je sais que c’est un personnage important qu’on voit à toutes les manifestations de kendô de Taitô. Elle n’a pas besoin de parler fort pour avoir une présence extraordinaire.
Il a fallu attendre encore une dizaine de minutes l’arrivée du doyen du kendô de l’arrondissement. Avec tout le respect qu’on doit ici aux personnes âgées, je dirais que c’est une sorte de momie décorative qu’ils sortent à chaque occasion importante. Ils l’escortent, bavant (pour de bon), jusqu’à son siège au centre de la tribune, le font se relever brièvement pour bafouiller trois mots incompréhensibles sur le courage et la persévérance au milieu des autres discours, puis le rassoient pour la durée de l’évènement. De temps en temps, ils l’emmènent avec mille précautions jusqu’aux toilettes, et le ramènent chez lui à la fin de la journée. On comprend pourquoi certains préféraient mourir au combat.

Après les discours (certains très longs), durant lesquels on piétine sur place, comme dans les musées, en essayant de garder une posture martiale, le petit Suzuki a prêté serment devant le maître du dôjô, au nom de tous les participants à la compétition. On a ensuite entamé un échauffement rapide, toujours en rang, dirigé avec énergie par Kataoka Shôta, le fils de Kataoka-sensei. Etirements, tsuburi, sous l’œil attentif de tous ces cadors et anciens de la discipline martiale, derrière leur longue table blanche.
La compétition entre les trois équipes formées des membres du Matsuba nous a occupés la matinée. C’était des équipes de 13.
J’affrontais d’abord Suzuki puis Nagase, ce dernier étant un très bon ami. J’ai lamentablement perdu mes deux combats, mais Suzuki lui-même est venu me dire que son premier men ne touchait pas (on était bien d’accord). Quand à Nagase, son kote était un peu court, mais c’était déjà nettement plus légitime (je me fais toujours avoir sur debana kote, que j’ai toujours pas compris la leçon). Quand à moi, toujours le même problème : tout le monde s’accord à dire que je fais de très beaux combats, bien techniques et tout, avec une superbe palette d’attaques et de contre-attaques dans tous les sens, mais jamais moyen de marquer un point qui soit levé par les arbitres, et c’est comme une malédiction. C’est pourtant pas faute d’essayer !
En dernier recours, j’accuse un peu ce qui me semble être la partialité des arbitres japonais. J’attends de revoir la vidéo, mais j’ai pris hier un kote nuki-men unanime qui m’a assez nettement heurté l’épaule, autant que j’aie pu le sentir. Que deux des arbitres, par une savante illusion d’optique, aient eu l’impression que le sabre de l’adversaire me tranchait la tête verticalement jusqu’à la gorge, je veux bien le croire, mais celui qui était en face aurait peut-être dû remarquer que c’était simplement parce qu’il m’avait manqué de dix bons centimètres à droite.
Enfin, vous me direz, c’est sans doute le dépit qui me rend mauvais joueur : je me prends peignée sur peignée à chaque match depuis trois semaines, y compris par des kyûsha qui me sont techniquement bien inférieurs. Au bout d’un moment, c’est rageant (« Je suis juste kyûsha » qu’il me dit tout benoîtement pour s’excuser après le combat, ce salaud. Oui, et moi je prépare mon troisième dan, et tu viens de me ratatiner devant tout le monde, petit con va !).
Cela dit, j’ai déjà enchaîné 6 matchs amicaux depuis fin septembre, et il y a deux ou trois grosses compétitions qui se profilent avant la fin du mois (une interne au Matsuba, la Taitô-taikai et une rencontre entre Meiji et Waseda qui promet d’être sanglante). A force, ça va devenir tellement courant que je vais finir par chopper le truc et concourir d’un hémisphère en pensant à ce que je vais manger le soir de l’autre. Du moins j’espère.

L’après-midi était réservée aux démonstrations, avec Shimoda-sensei (6ème dan) et Kataoka-sensei (7ème dan) qui nous ont fait l’ensemble des kendo no kata au sabre, puis Onikubo-sensei, 6ème dan de iaïdô, qui nous a fait une petite sélection de seitei-iai. C’était très chouette. Il est vraiment fort. Il fait des coupes magnifiques. La bonne nouvelle, c’est que je vais sûrement aller pratiquer dans son dôjô les lundi soirs.

La fin de la journée était consacrée à une compétition amicale entre des équipes de jeunes triés sur le volet parmi les combattants de plusieurs dôjô liés au Matsuba : une équipe du Yanaka de Fukumoto-sensei, une équipe du Hatsune du prêtre Kaiyû-sensei, une équipe du Tawara de Sawasaki-sensei, et deux équipes du Matsuba. C’est le Yanaka qui a gagné, presque sans surprise. La moitié de l’équipe était des petits-enfants de Fukumoto-sensei… J’avais des bons espoirs pour l’équipe de Hatsune, parce que je suis un grand fan de Kaiyû-sensei, mais ils n’ont eu que la troisième place. Matsuba a placé une équipe en deuxième place. Il ne manquait que le Sanshinken de Minowa pour que la fête soit complète, mais ils sont venus s’entraîner avec nous hier soir pour rattraper le coup.
Yukiko rigolait, parce que je connais les professeurs et les élèves mieux qu’elle, étant donné que j’ai écumé tous ces dôjô pendant une dizaine de mois il y a deux ans. Du coup, c’était très sympa de les voir tous réunis pour l’occasion, d’autant que ça marque aussi la bonne entente qui règne globalement entre tous (même s’il y a aussi des tensions, c’est inévitable). Ce genre de réunion me rappelle les compétitions amicales organisées pour les jeunes depuis l’année dernière entre Lyon et Saint-Etienne, à l’initiative de Fred et Luc du côté lyonnais (entre autres), et qui ont je crois considérablement amélioré les rapports entre les deux écoles, tout en renforçant les combattants des deux côtés.

La journée s’est achevée par la remise des récompenses, clôturée par le triple « Banzaï ! » traditionnel.

***

La soirée qui suivait était réservée aux adultes, et se déroulait au View Hotel d’Asakusa, pour faire bien classe. On avait un salon entier rien que pour nous, avec un majordome et des serveurs qui viennent vous tenir la chaise quand vous vous asseyez. Moi ça me met toujours plutôt mal à l’aise, parce que j’ai toujours peur de m’asseoir trop tôt ou trop tard ou trop lourdement ou trop je ne sais quoi. Nos places étaient bien entendu réservées, les tables étant constituées selon les statuts et les affinités. J’avais de la chance, j’étais à la table fun, avec Yukiko à ma gauche et Saitô-kun à ma droite. Il fait aussi ses études à Meiji. Il y avait aussi Shôta et Nagase, et Niimi et son copain Yoshida étaient à la table juste derrière nous, donc j’étais bien entouré.

Au début, j’ai eu un peu peur, parce que j’étais claqué (peu dormi), et ça a commencé très guindé. On était tous en costume, assis bien droits à nos places respectives, très sérieux, et je n’avais pas le droit d’enlever ma veste malgré la chaleur, du moins pas tant que les invités n’étaient pas tous arrivés et qu’ils n’avaient pas prononcé leurs discours. Tout le gratin de la journée est donc finalement arrivé par la grande porte à double battant, on a fait mille politesses en s’inclinant bien bas et en leur souhaitant la bienvenue tout le long de leur passage (comme à l’arrivée du chef des Yakusa au début d’Aniki). Ils ont pris place et ont fait à nouveau chacun un petit discours très sérieux ; ils se sont représentés, ont été représentés, ont présentés de nouveaux invités, et moi je commençais à tenir une bonne dalle, surtout que j’avais vaguement feuilleté le menu en guise de mise en bouche.
Mais vous voyez, c’est à ce moment-là que j’aime le Japon. Parce que tout cet ordre rigide, toutes ces attitudes guindées, ces paroles sérieuses et ces places réservées, ça tient jusqu’au « kampai ! ». A partir du moment où les discours sont achevés et où la bière a été servie à toutes les tables, une fois le mot magique prononcé, l’ambiance se métamorphose en quelques dizaines de minutes :

Les visages commencent à rougir, le tour des yeux aussi, le volume sonore gonfle, et ça commence à rigoler avec entrain à toutes les tables. Peu à peu, les gens s’apostrophes de tables en tables, prennent des photos à tout va, et finissent par quitter leurs sièges pour se promener en titubant avec des bouteilles à la main, et aller offrir à boire aux sensei, aux amis, aux voisins etc. Les anciens font le tour des tables et viennent bavarder avec les jeunes, leur parler du bon vieux temps et leur poser des questions sur leurs études ou leur donner des conseils cruciaux sur la pratique du kendô, en levant l’index et en agitant la tête d’un air entendu. Tout le monde se ballade dans la salle en affichant un sourire niais et en riant très fort, plus personne n’est à la place indiquée par le petit bout de papier qu’on lui a donné à l’entrée, mais plus personne ne s’en soucie, et les serveurs, de marbre, continuent à slalomer au milieu de ce joyeux bordel avec les plats savamment élaborés qu’ils sont censés nous servir, et qu’on dévore avec appétit en répétant à qui veut l’entendre que c’est super bon.
Avec Yukiko, on est allé présenter personnellement mes respects à Fukumoto-sensei en lui servant un verre de vin blanc. Ça se fait. On a papoté cinq minutes (c'est-à-dire Yukiko a fait la conversation, et moi j’ai acquiescé vivement), et puis on est retourné s’asseoir pour continuer à rigoler avec Nagase et prendre des photos avec Niimi et Yoshida.

Tout ça a fini en apothéose lorsque le responsable administratif du Matsuba, Noma-san, a été amené sur l’estrade, complètement soûl, pour prononcer le mot de la fin. Le voilà qui trébuche jusqu’à la tribune, dûment escorté par Shintani-sensei, qui lui rappelle à l’oreille pourquoi il est là. Et le majordome impassible lui tend le micro avec ses beaux gants blancs. Là, Noma hébété regarde l’assemblée hilare avec son visage tout rouge et une expression béate, farfouille dans ses feuille, hésite entre partir et rester, puis prend le micro et bafouille un « Merci beaucoup à vous tous » avant de quitter la scène avec un sourire banane et un air réjoui, sous les vivats et les applaudissements de l’assemblée.

Pour clôturer le tout, toute la salle a joué à jan-ken-poi (Pierre-feuille-ciseau) avec les sensei, qui se succédaient sur l’estrade pour désigner par élimination les heureux gagnants de petits lots préparés à l’avance. Et c’est dans cette joyeuse ambiance qu’on s’est séparé…

…Pour se retrouver en petit comité de membres et sensei du Matsuba, quelques centaines de mètres plus loin, dans un karaoké de kokusai-dôri. Là on a mangé les crêpes que j’avais préparées pour l’occasion, chanté, dansé, et bu de la bière et d’autres choses (je ne me souviens plus du détail, pensez donc !). J’ai fait un duo sur Kimi wo nosete, le générique du Château dans le ciel ; mais mon véritable succès ce soir-là, qui a même éclipsé le souvenir de Born in the USA de Bruce Springsteen, ça a été de me lancer dans Kabukichô no jô de Shiina Ringo, en solo d’un bout à l’autre (je crois que j’étais le seul à connaître les paroles, de toute façon). Je remercie chaleureusement Alban pour m’avoir initié à cette chanteuse, ça a fait bondir ma cote de popularité, et tout le monde était très content de me voir (enfin !) chanter un truc en japonais ! Du coup, je me suis aussi un peu moins senti le gaijin timide réduit aux tubes en anglais. +3 en compétence karaoké, paré pour la prochaine session !

Je suis finalement rentré avec les derniers trains, et un vent du diable qui soufflait à travers les rues, des épaves de parapluies démembrés dans tous les caniveaux : c’était la nuit de la plus belle pleine lune de l’année (8ème mois lunaire), mais on n’a pas vu grand-chose, parce qu’on s’est précisément tapé un sacré beau typhon sur Tokyo ce soir-là, et c’est au milieu des rafales que j’ai regagné mes pénates. Eh ben entre ça et toute la bière que j’avais dans le corps, je me suis même pas cassé la figure dites !


Noma danse avec Nagase,
sous l'oeil bienveillant de Shimizu.
Niimi-san


Un demi-Nozaki à gauche regarde Shimizu au micro,
Ishigawa lui donnant la réplique.
Au premier plan, tête de Suzuki.
Dream Team
Nagase - Rauch - Yoshida




samedi 13 octobre 2012

Les Oeufs



Spéciale dédicace à Siegfried, dont les blagues me manquent beaucoup cette année.
NB : Photo réalisée dans mon propre frigo.

mercredi 10 octobre 2012

DDP




Dans la série des bonnes nouvelles, ceci est pour fêter la réussite de mon verni de Frelu, qui vient finalement d'être admis au 152ème Régiment d'Infanterie de Colmar !

Flein feu !

dimanche 7 octobre 2012

Retrouvailles



Et dire qu'il a fallu que j'aille au Japon, plus précisément Yokohama, pour faire ma première Oktoberfest !
Retrouvailles avec les « Japonais de France » (de G à D) : Kayo, Kyôsuke, Misako. On a fait des méchants cocktails linguistiques franco-nippono-britanique, avec des phrases du genre :
 « La bière est oishii.
- Yes, yes… ah mais je suis bête, tu parles français ! »

 Bon, y'avait de la bière, aussi.


Edito spécial - Esther






Cela n'a rien à voir avec Tôkyô (quoique...), mais je ne peux pas le passer sous silence : depuis le mardi 25 septembre, 19h56, Clair & Olivier sont respectivement MAMAN et PAPA !

Félicitations !

So long, HSBC !



Isn’t that the sexiest thing in the world?


lundi 1 octobre 2012

Mes amis kendôka, ces Japonais si coincés



On donnera suite, je vous promets des explications...

De gauche à droite, une moitié de Nozaki, Shimizu au micro, Ishikawa qui lui donne la réplique, et la tête de Noma entre les deux.