mardi 23 avril 2013

ピザ放題 (Pizza à volonté)

Il n'était pas possible de ne pas mentionner ce jour mémorable où, sur une idée de Lucio, avec Max, Tobi, Kô et Shun, on est allé se faire péter le ventre de pizzas américaines à volonté chez Shakey's, à Shinjuku. Pour ¥800, vous pouvez manger autant que vous le voulez, sucré, salé, sur une durée de temps indéfinie. Un aubaine pour les affamés condamnés au riz et au poisson cru depuis des mois. Je vous laisse imaginer le résultat...



Banane-chocolat, fraise-chantilly...
Tout est bon dans la pizza !



dimanche 21 avril 2013

Actualité française, encore


On était parti pour parler ici du Japon, mais c’est plutôt calme en ce moment. Celle qui au contraire me semble dangereusement agitée ces derniers temps, c’est la société française.

Ça n’est pas encore finit, et l’escalade continue, qu’on se demande déjà comment on en est arrivé là. Parti d’un projet de loi qui me semblait (naïvement) anodin et relevant du bon sens social et de la formalité juridique, j’ai vu au cours des derniers mois se cristalliser contre lui toute la frustration et la haine de la droite défaite aux dernières élections présidentielle, grossie par les rangs des innombrables déçus et mécontents face au passif gouvernement socialiste. Comme à chaque élection, on choisit un champion en attendant des miracles, et on se sent rapidement floué quand on s’aperçoit que « rien ne change ». C’est-à-dire que ça ne change pas assez vite, pas comme il faut. Alors on proteste ; et jusque-là, on reste dans les bornes de l’acceptable – voire de l’attendu.

Là où l’on franchit ces bornes, c’est lorsqu’on commence à cristalliser cette haine et cette frustration autour d’un projet de loi qui concerne de manière ciblée une minorité sociale, et que tout en se défendant à grands cris d’homophobie, on entre dans le cercle de l’escalade violente des propos, en se laissant emporter par la « passion politique » très française, qui nous pousse toujours plus loin dans ce pugilat virulent qu’on a la complaisance d’appeler fièrement du débat d’idées.

En fait d’idée, ce que l’on constate ces derniers temps, c’est la grande victoire de la guerre des réseaux sociaux, qui montrent (enfin ?) le côté noir de leur innocente « ouverture au monde », lorsqu’ils deviennent les catalyseurs d’une spirale de violence verbale. Quand la « communication » remplace l’échange, c’est à boulets rouges qu’on ouvre le feu sur son ami d’antan, en s’armant soi-même au préalable lourdement contre la charge des idéaux adverses. On ne se lasse pas de chier des « commentaires » (ça n’est pas autorisé ici, vous connaissez mon autoritarisme), dont les contenus n'ont de commentaire que le nom. Bacs à sable pour adultes, armes de discussion massive. On s’invective, on s’incendie, on se tag les murs, et puis on se raye mutuellement de sa liste d’amis. La belle affaire. Voilà ce qu’il en coûte, peut-être, de les choisir en cliquant mécaniquement sur des boutons virtuels. Peut-être aurait-il fallu approfondir un peu les « statuts », ces beaux sommaires d’humanité, en élargissant les champs de renseignement depuis « en couple/célibataire » jusqu’à « homophobe/gay friendly » ou « marxiste/maurassien », voire « gros con obtus/moralisateur borné ».
Tant que le débat s’en tient aux questions cruciales de son groupe de rock préféré ou de la dernière soirée où l’on a fini à quatre pattes, ça n’éduque guère à la courtoisie, mais ça reste bon enfant. C’est quand on touche enfin aux vraies convictions qu’on voit soudainement poindre la vraie nature du « mur », symbole international de fermeture pour ceux qui l’avaient oublié (revoyez Pink Floyd), et qui a toujours été le support privilégié de la propagande, quelle qu’elle soit. Et comme il est impossible de ne « pas aimer », on colle une nouvelle couche d’affiches haineuses, que l’on pourra « aimer ». La magie de l’amour se révèle tout à coup moins belle qu’on l’aurait pensé. Car ne pas aimer un avis haineux ou radical, c’est une chose. Aimer l’avis haineux adverse en est une autre.


La France a en effet cette particularité d’être profondément politique, to the bones. On ne sidérera sans doute jamais autant un Japonais qu’en l’invitant à une réunion amicale au bar, qui tourne soudainement au vinaigre lorsqu’on évoque l’actualité. Le Français a dans les tripes la rage de la rébellion, et que n’accomplirait-il pas s’il savait la canaliser un tant soit peu, au lieu de dissiper continuellement cette belle énergie dans l’édification de monstrueuses forteresses blindées de préjugés passionnés. En France, on ne se bat pas pour la justesse, on se bat pour la justice. On ne veut jamais toucher juste, on veut émouvoir, on veut attaquer, défendre, requérir, plaidoyer, croiser le fer et en découdre sans en démordre. On ne s’ouvre pas, on se barricade. On ne cherche pas l’entente, on ne cherche pas le progrès, on cherche l’ennemi. C’est viscéral.



A l’époque de l’affaire Dreyfus, pendant que des Zola publiaient J’accuse, le petit peuple faisait circuler une souscription antisémite pour soutenir la veuve du colonel Hubert-Joseph Henry. A l’époque, on ne s’embarrassait pas tellement de politiquement correcte, on signait franchement d’un joyeux « pour la mort de tous les Youpins ! ». De nos jours, on se réclame de plus de finesse. On se défend d’être un mouvement catholique, et plus encore homophobe. Et sans doute, à l’origine, c’est bien de là qu’on est parti, et la question en soit du mariage était légitime. Mais comme avec l’affaire DSK, la passion politique délie les langues d’une étrange manière, et les cœurs se dévoilent malgré eux, provoquant des sorties qu’on pensait d’un autre âge, peignant un viol en « troussage de soubrette », et un mariage homosexuel en perversion potentielle de l’enfance. Une société malade de divorces et encore gangrénée de femmes battues fait vibrer les violons sur le danger psychologique de la perte des repères masculins/féminins pour les petits chérubins, on dresse le droit de l’enfant face au droit de l’homosexuel, et l’on pourrait presque entendre ramper en sous-sol la perversion que ces diables de sodomites vont inculquer à leur progéniture de substitution.
En termes de perversion, c’est celle des mots que l’on a suffisamment entamée. Il ne suffit pas d’affirmer n’être pas homophobe (ou anticlérical, ne l’oublions pas ; c’est plus facile, mais pas franchement plus glorieux) pour que la magie s’opère. Encore faut-il se conduire comme tel. Quant aux attaques en règle menées contre l’anti-démocratie de l’actuel gouvernement, elles me rappellent drôlement… les plaintes des militants de gauche pendant ces dix dernières années, lorsqu’une droite passablement sourde aux manifestations de l’opposition (certes moins massives) faisait passer des lois nettement impopulaires dans certaines classes de la population. On se sent toujours sacrément « du peuple » dés qu’on descend dans la rue. On avait oublié comme c’était si bon d’être les victimes de l’injustice et de l’Autorité. Et on peut en dire autant des protestations contre les violences policières. On pleure sur le gazage des femmes et des enfants de la droite comme on s’indignait de celui des jeunes ados de la gauche. Jusqu’aux médias, jadis accusés de couvrir les manœuvres de la droite, qui sont désormais la cible de reproches violents de « partialité » lorsqu’ils s’intéressent d’un peu plus près aux chiffres des manifestations ou à la composition des associations de la Manif pour tous. La droite aurait-elle par hasard oublié le prix de la protestation, après toutes ces années passées confortablement en majorité à l’Assemblée ?…

Bref, cette cristallisation inattendue autour du projet de loi Taubira raisonne de manière très douteuse à mes oreilles d’expatrié, avec des accents fort peu flatteurs venus d’un siècle passé, qu’on espérait naïvement enterré avec la prospérité du plan Marshall et de ses Trente Glorieuses. Alors que notre pays se targue de par le monde de son Histoire passée riche en Lumières, en Déclarations des Droits de l’Homme et en Grandes Révolutions, le voilà qui s’y attarde, bercé par ces doux souvenirs d’une époque fameuse où il menait le monde ; et piqué par les récents « Printemps arabes », il oublie le bain de sang syrien pour bomber le torse sur son propre ridicule « printemps français », comme s’il voulait ne pas être en reste. A-t-on oublié que ce « Printemps arabe » puisait lui-même sa référence dans le printemps des peuples, d’origine… française (ou l’art de ses renvoyer la balle), et qui eut pour glorieux effet de propulser le dictateur Napoléon III au pouvoir pour vingt ans ? Riante référence. Et nous voilà chipotant au présent sur les implications juridiques et l’impact psychologique et social d’une loi que certains pays considèrent de nos jours comme un droit allant de soi, jusqu’à l’Afrique du Sud, qui a retiré de sa constitution la définition du mariage à laquelle les nôtres se raccrochent, la jugeant discriminatoire en soi. La France, un pays d’avenir, vraiment.
Mais tout est pour le mieux, car la droite, dans son naufrage, a enfin trouvé la planche de salut à laquelle s’agripper pour s’unir à nouveau. S’agit-il d’une idée nouvelle, d’une ligne directrice, d’une vision innovante ? Non ; c’est le grand retour de la consensuelle valeur famille, c’est la bonne vieille crispation contre le démon pervers qui gangrène la vertu sociale. Et autour du nombril de la France en ébullition, le monde continue de tourner, sans nous.

Ce qui me choque dans la situation actuelle, plus encore que ce manque de courage dans l’innovation et cette couardise chronique du Français de pointe, qui se révèle si souvent être profondément conservateur lorsqu’on en gratte le verni, c’est le fait de faire peser sur une classe minoritaire de la population toute la frustration politique d’une lourde part de la population, qui s’est vue privée cette fois de la poupée de chiffon du péril communiste pour attaquer un gouvernement socialiste depuis longtemps vendu à l’économie de marché. Il fallait un point de critique, un angle d’attaque. Les Juifs sont passés de mode, les « Arabes » (français) trop nécessaires dans la débâcle, les Chinois trop loin (et trop risqués) ; on s’est rabattu sur les homosexuels ?
                                                                                                                                                     
C’est aussi ça, la Grande Civilisation française.

jeudi 11 avril 2013

Péripéties bureaucratiques, le retour

Dans la prolongation de mes déboires avec l'implacable administration japonaise, voici l'anecdote du jour : je rendais aujourd'hui le formulaire (violet) pour l'inscription aux cours de langue japonaise sur le campus de Surugadai (à remettre au Bureau des Etudiants Étrangers en Echange à Ochanomizu), à ne pas confondre avec le formulaire orange de choix de cours généraux à remettre au Bureau du Département des Etudes Japonaises Internationales sur le campus de Nakano.
Avec force application, j'avais reporté consciencieusement au stylo à bille noir toutes les informations nécessaires et les numéros d'enregistrement de mes cours de japonais. Oui mais voilà, il était bien précisé en bas de la page en petits caractères que ce formulaire devait être rempli dûment au crayon à papier mine HB semi-grasse. La préposée était sur le point de me refuser avec moult formules de politesses courtoises, mais fermes, lorsque heureusement une supérieure est intervenue en s'interposant pour procéder à l'enregistrement malgré tout.

Ouf ! On a eu chaud aux fesses !

Quelle vie trépidante nous menons ici...

lundi 8 avril 2013

Fourre-tout monologiaque et logorrhétique

- Où l'on prend du recul sans trop se soucier de regarder où l'on met les pieds -



Un paquet d’œufs en chocolat a récemment atterrit dans ma boîte aux lettres. Est-ce un moyen de me sonner les cloches de Pâque, moi qui ai sombré ces derniers temps dans un profond silence radio ? En tout cas, il accompagne très bien la lecture du 5ème tome de Game of Thrones (de son vrai nom A Song of Ice and Fire). Je m'effraie de voir à quelle allure je dévore l'un et l'autre, sachant que le prochain tome (l'avant-dernier) ne paraîtra pas avant au moins un ou deux ans (garantie de qualité, pour autant), et que la prochaine Pâque ne tombera pas avant l'an prochain (il parait). Avec son nombre incroyable de personnages détaillés, sa géographie de plus en plus vaste, son Histoire de plus en plus complexe et ses générations qui s'enchaînent au fur et à mesure que les héros tombent comme des mouches, au même rythme effréné que les masses du vulgaire (dans des circonstances qui font parfois hurler d'indignation), on aurait tendance à penser que son monde ne s'arrêtera jamais de tourner. Il faudra bien qu'il mette un point final un jour pourtant, à ce qui ne devait être à l'origine... qu'une trilogie ! Il a déjà écrit plus de cinq mille pages, et au point où j'en suis, presque aucun des personnages initiaux n'a encore le privilège de respirer la bise fraîche venue du nord, à l'exception d'une poignée de survivants, disséminée aux quatre coins, noyée dans le flot des nouveaux protagonistes, qui eux aussi passent et trépassent à une vitesse alarmante (winter is coming).
Je réalise soudain ce qui me plait tant chez George Martin, ce qui contribue sans doute à exercer sur moi cette extraordinaire fascination : avec cette saga monstrueuse et barbare, il brise enfin cette mode, ce tabou presque, qui pollue depuis des années les écrans et l'imaginaire collectif, cette sacro-sainte saloperie de mythe de l'élu, ce connard d'Homme parmi les hommes, dont le destin justifie qu'il surpasse tous les autres protagonistes, qu'il leur survive à travers des épreuves incomparables que lui seul peut traverser (sans raison, sinon qu'il est l'élu), et qu'on ne sacrifie dans le pire des cas qu'en martyr, dans un fabuleux bouquet final. George Martin a enfin réussi l'exploit de nous débarrasser de ce mensonge, de bannir du monde de l'imaginaire ces hommes providentiels, ces sauveurs, qui nous empoisonnent jusque dans nos attentes politiques. Chez lui, les hommes doués, les hommes de qualité, les bons, ils tombent tout aussi bien dans leurs vertes années, soudainement emportés par l'événement inattendu, par l'imprévisible (la maladie, le faux-pas débile, la noyade dans le Mississippi les santiag aux pieds, bref, l'accident bête, comme disent les Tontons), parfois sans raison, parfois bêtement, parfois avant même d'avoir seulement commencé à accomplir ce qu'ils se proposaient d'entreprendre, fauchés dans le premier élan, parfois encore de manière ignoble et sans aucune gloire, parfois en implorant finalement à genoux qu'on les épargne, abandonnant toute dignité, et sans aucun espoir de revanche, de riposte, de réconfort ou de vengeance ultérieure. C'est à en pleurer de rage tellement c'est bon.
Chez George Martin, la magie ultime, ça n'est pas simplement qu'il nous laisse entrevoir aussi les sombres aspects des princes bienveillants, ça n'est pas seulement qu'il nous les peint tout en nuances : c'est qu'il les fait carrément crever sous nos yeux aux mains d'une poignée d'insignifiantes brutasses de grands chemins, sur la voie même qui les aurait menés à la gloire, aussi chiennement que le dernier troufion de leurs osts de guerre. Pour la première fois depuis très longtemps, il a rendu le héros à sa véritable humanité, il l'a rendu aléatoirement mortel.

Il faut lire A Song of Ice and Fire, qu'on aime la fantasy ou non ; ça n'a aucune importance, c'est presque de l'histoire. Ça parle de la vie, la vraie, avec tous ses enjeux banals, ses quêtes vaines et dérisoires, ses illusions déçues, ses bonnes surprises, ses sadiques cruels, ses abrutis quotidiens, et ses grands personnages accidentels. Mais juste avec des petits morceaux de dragon dedans, pour épicer.

Vous avez compris, je suis assez oisif ces derniers temps. Je n'écris même plus mon blog, et je culpabilise de ma fainéantise en me prélassant devant les derniers films que j'ai pu récupérer, en me disant de manière obsessionnelle : "il faut que je profite de mes derniers jours de vacances", comme on profite des derniers rayons du soleil d'automne, tandis que ma conscience, cette vendue, me murmure à l'oreille en ostinato qu'il serait temps que je retourne au boulot si je veux avancer un peu dans mes études, et remettre un peu d'ordre dans le bordel qui s'est installé au cours des dernières semaines. Reprendre le chemin de la rectitude, recommencer à écrire, à raconter ma vie sur ce blog, à répondre aux mails (qui s'entassent dans un dangereux équilibre instable), à rédiger mon mémoire, à reprendre des vieux textes, et puis surtout à en écrire des nouveaux. C'est le courage qui me manque, et la verve aussi. Peut-être que comme ça se passe plutôt bien en ce moment, que tout le monde me laisse peinard, que le kendô-bu n'a pas encore vraiment repris l'entraînement (ni les terribles nomikai), que les cours n'ont pas vraiment commencé, que je n'ai pas d'échéance sérieuse à court terme, et que je peux enfin faire des grasses mat' jusqu'à trois heures de l'après-midi en me disant qu'on aura de toute façon tout le temps de se faire un petit déj après, finalement, je n'ai pas vraiment de quoi râler. Alors à quoi bon écrire ? Je me contente de me gaver d'informations sur LeMonde.fr, en suivant avec circonspection les mouvements de notre agité du bocal voisin, qui secoue les ogives nucléaires comme des hochets, tandis que je me désole de voir ma belle France cristalliser autour du combat gay toute son amertume sociale, qui me rappelle non sans haussement de sourcil le Juif au nez crochu devenu bouc émissaire du chômeur allemand des années trente, avec des 24 mars 2013 qui se réclament fameusement du "contre mai 68" (avec ses enfants martyrs aux yeux rouges, échos aux étudiants matraqués ?), mais qui résonnent à mes oreilles aux harmoniques moins glorieuses d'un tristement célèbre 6 février 34 (avec les CRS dans le rôle de la Garde Mobile). L'Histoire se modélise-t-elle par la droite ou par le cercle ? Parfois, on est tenté de répondre par le chapelet d'andouilles.

Vu d'Asie orientale, ces errements idéologiques sonnent bien creux pourtant, entre le déploiement de la moitié de la flotte américaine dans le Pacifique, qui fait patrouiller ses intercepteurs anti-missiles et ses bombardiers nucléaires, et les volaillers chinois qui nous proposent une version H7N9 "update" de leur ancien virus démodé, pour le plus grand bonheur des grands, et surtout des petits. Avec tout le cercle pacifique qui réarme massivement (et Dassault de se lécher les babines), on ne sent pas vraiment la vieille Europe rajeunir. Ici, on la regarde même avec affection ; on va jusqu'à parler d'aller y visiter quelques débris antiques pour les prochaines vacances. C'est  qu'elle est tellement romantique !
Pourtant, elle fait tout ce qu'elle peut pour aspirer la poussière dans les coins, en raclant au fond des comptes offshore de tous ses joyeux traîtres fiscaux, la vieille Europe. Mise au régime austère, sa Grèce en ruine a fondu comme neige au soleil, noyant dans le naufrage le souvenir du temps où c'était la fierté du riche citoyen d'armer des trières pour défendre la Cité. Pendant ce temps, la France, partie en avant-garde rappeler au Mali que les vieux singes savent encore faire quelques grimaces sur la scène internationale, se retourne pour s'apercevoir que les camarades occidentaux applaudissent de loin, et rechignent à lancer quelques pions dans la partie, qu'il faut quémander pièce à pièce à Bruxelles et Madrid. Ça serait trop beau, d'avoir enfin cette occasion de donner un peu de vie et de consistance à cette grande baudruche qu'on appelle la PSDC (mon frère, toi tu sais ; tu parles le langage des acronymes, toi). Autant rester immobiles, et continuer à révolutionner sagement autour de nos petits nombrils, sans faire de vagues. Peut-être que le monde nous oubliera enfin, qui sait ?...

samedi 6 avril 2013

Soirée coréenne

Notre ancien camarade allemand Jean (prononcer quelque chose comme Djoan) nous a quitté il y a bientôt un mois pour aller faire ses six mois de stage à Yakohama (ça rigole pas les échanges en Allemagne ; il faut que ça soit productif, au moins à moitié). Du coup, il a été remplacé par ジョン (prononcer... Djoan ?), notre nouveau camarade coréen. On a donc troqué un "John" pour un autre, même s'ils ne se ressemblent pas beaucoup. Et ce soir, le camarade coréen, très soucieux de s'intégrer, nous a gratifié d'un repas coréen, préparé avec ses amis coréen résidents à Izumi.

Du coup, non seulement on s'est gavé de kara-age épicé à la coréenne (très bon), mais en plus on s'est lancé dans une partie endiablée de Jenga "Love". Me demandez pas pourquoi "Love". Sans doute en partie parce que les petites briques qu'il faut retirer de la tour sans la faire tomber sont blanches et roses. Sans doute aussi parce que tous les gages inscrits sur lesdites briques sont du genre "racontez votre premier baiser", "faites une déclaration bien grasse", ou "faites un show pour montrer la couleur de votre caleçon".
Bien entendu, dans notre version du jeu, on pouvait toujours choisir de renoncer au gage pour lui préférer la descente cul-sec d'un bon gros verre de mélange whisky-ume-shu. La petite Kim a bu son verre comme les autres, sans même rougir, mais c'est après qu'on a vu qu'elle était bourrée. Quand elle a répété vingt fois à Sarah qu'elle habitait "dans l'unité du fond, là, à gauche en sortant, au premier étage".

Y'avait pas que d'la prune...


Miss Kim à l'oeuvre...




jeudi 4 avril 2013

Rentrée de la classe

Réunion de rentrée dans le campus flambant neuf de Nakano, où le département des Etudes Japonaises Internationales vient de déménager : Lucio se propose pour la campagne d'affichage de promotion des nouveaux locaux...


さすがイタリア人

mercredi 3 avril 2013

Ça fleure bon le printemps

Après la magnifique semaine de pluie printanière qui nous a baigné continuellement de sa revigorante lumière grisâtre, on a tout juste eu le temps de mettre le nez dehors le temps d'une éclaircie, pour constater ce que toutes les photos nous ont toujours dit : les cerisiers en fleur, c'est beau.

Oui, et alors ?


日本武道館 - Le Nihon budôkan, dit "Tamanegi" (oignon)

Les douves, à Kudanshita


Yoshida - JF - Yukiko
Bien entendu, on est allé un peu faire 花見 (hanami, "voir les fleurs"), notamment avec Tan-chan à Inokashira-koen, et puis bien sûr avec Yukiko, Niimi-san et son copain Yoshida-san. On est allé boire des bières à Ueno après l'entraînement en mangeant du calmar séché, des frites et du kara-age, et en se disant : "C'est chouette de pouvoir vivre ça cette année encore". Sous-entendez, "qu'en sera-t-il de l'année prochaine ?" C'est que le pétale de cerisier, ça fane vite, alors c'est un sacré symbole de l'éphémère.

De fait, les pluies abondantes et le vent ont tout ratissé en une semaine, et le sol est jonché de pétales blancs, c'est très triste. Le pire, c'est que les feuilles ont commencé à pousser, et le cerisier japonais, si noble dans sa floraison, déchoit brutalement pour retourner parmi le vulgaire de son espèce, et redevient cet arbre commun, si ce n'est qu'il se révèle en plus assez franchement inapte à porter des fruits. Reniement total de l'utile, culte de l'instantané. Pur esthète.