La spontanéité vaut tous les programmes du monde. Et comme je l'ai déjà souligné, c'est une qualité qu'on trouve facilement à la résidence.
Hier, vers 18 heures, je n'avais encore pas la moindre idée de ce que je ferai pour le nouvel an. Résultat, je suis rentré chez moi ce matin vers 11 heures. Récapitulons les faits :
Vers 19 heures hier soir, le coloc Lucio et son copain Marco me trouvent dans la cuisine, à me blinder le ventre d'un menu royal 3 steak/petits pois + fond de Coca Cola. La grande fête. Lucio me dit : « Je crois qu'il y a une petite soirée chez Shun ou chez Loris, en face ; tu comptes y aller ? » Moi j'ai pas de programme, alors je réponds « Ben ouais, j'irai sûrement y faire un tour. » Mais comme on voit personne encore, on attend.
Par la vitre, je vois défiler deux-trois voisines qui traversent la résidence pendant que je mange. Ça se remplit. Et puis finalement, vers 20 heures, il y a Sarah qui vient gratter à la porte. Je l'invite, on papote, Lucio et Marco se préparent, et vers 21 heures, on va voir de l'autre côté comment ça se passe. On y a retrouvé Shun, Tôni, Ai-chan (une amie de Sarah) et quelques autres. Une bonne douzaine. On a passé un bon petit début de soirée à discuter, grignoter des saloperies hydrogénées et faire des démonstrations de gangnam style dans le couloir. On a aussi joué à cache-cache avec le gardien, qui venait pour essayer de mettre les non-résidents dehors, une fois 22 heures passées.
| Tôni |
Et puis vers 23h30, une bonne partie de tout ce beau monde se met quelque chose de chaud sur le dos, et je me fais entraîner de bonne grâce à Shibuya, où il y a parait-il un décompte à minuit.
De décompte, on en a pas vu le bout de la queue d'un. Mais du monde, ça oui, il y en avait. Une bonne moitié de la foule, sinon plus, était composée d'étrangers, avec un bon gros paquet d'occidentaux. Question exotisme, on était servi. Il y avait plus d'Indiens et de blanc-becs que de Japonais sur le grand carrefour, et les Japonais qui s'y trouvaient aussi avaient manifestement été trié sur le volet parmi les plus excités de la ville. On a vu force costumes de serpents mignons tout verts, des chapeaux qui ressemblaient plus à des têtards qu'à des ophidés, des mecs torses-nus par 0°C... bref, avec tous les grands écrans qui entourent ce carrefour légendaire, on se serait cru à un concert de rock, le groupe en moins. A la place, on avait droit à des grappes de policiers et quelques fourgons antiémeutes en guise d'estrades. Mais n'allez pas imaginer les bull-dogs qu'on nous sert généralement à la maison. J'ai été surpris de constater que les flics japonais étaient aussi enjoués et souriants que la populace, et ça ne les empêchait pas de faire leur boulot, malgré les excités et de bons gros mouvements de foule.
Parce qu'une fois minuit passé c'était un peu la folie pendant l'heure qui a suivit. On a ouvert une bouteille de champagne qu'on a faite sauter et bue au milieu de tout ce monde, pendant qu'une équipe en costards dansait Gangnam Style derrière la baie vitrée au troisième étage du magasin L'Occitane. On a sillonné je ne sais combien de fois le carrefour de Shibuya dans tous les sens, en criant des « Happy new year » à tout bout de champ, et en embrassant des gens à tout hasard. Les vagues passaient au gré des coups de sifflets des hommes en bleus, et au moment de se croiser au milieu des grands passages piétons, on se faisait des bains de foules ponctués de pogos brefs, mais intenses. Ça m'a rappelé le bon vieux temps. On s'est perdus, retrouvés, reperdus, certains sont allés aux toilettes, quelques autres sont rentrés (dont Sarah), et puis on a attendu quelques amis d'amis qui devaient nous rejoindre.
Dans la bataille, la grosse surprise a été de tomber sur Nevenka, noyée dans une horde de Serbes et autres compagnons de débauche. Elle était bien faite, et j'ai pu prendre ma revanche sur Noël, où c'est elle qui m'avait ramené dans un état passablement vaseux. Cette fois-ci, j'étais sobre, et c'est elle qui m'a tenu des propos plus ou moins cohérent sur l'épaule (du haut de son mètre soixante dix-sept, c'est plutôt impressionnant). Son groupe a fini par repartir à l'aventure, pour essayer de trouver une boîte où ils ont probablement dû finir leur soirée.
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| Plus de batterie sur l'appareil, on continue au portable... |
Nous entre-temps, on avait envoyé Ryû en éclaireur, qui nous avait trouvé de la place dans un Mac Do tout chaud, pas loin de là. On y a attendu le dernier larron en buvant des trucs brûlants. Moi j'ai craqué pour un set Big Mac, parce qu'on me met pas impunément des burgers sous le nez comme ça, alors que ça fait trois mois que j'ai pas vu un vrai steak de vache (ceux du début de soirée, c'étaient des steaks japonais, un mix vache-cochon-poulet déjà assaisonné. Beurk). Quand j'ai vu la taille du vrai Big Mac, pas celui de la photo, je me suis dis qu'on avait pas la même notion du mot Big. Une histoire d'échelle de valeurs, sans doute. Enfin, j'ai fait avec, ça m'a quand même fait du bien.
Parce qu'après, le fin mot de l'aventure, c'est qu'on s'est tous embarqué pour 高尾山 (le mont Takao), lieu de pèlerinage automnal, qui constitue l'un des points les plus élevés dans l'environnement immédiat de Tôkyô. On a donc traversé toute la banlieue ouest en train, débarqué au terminus à Takao-san-guchi, grimpé un peu, hésité entre les télésièges et les télécabines (5 heures du mat, montagne, froid... oui, mais les télésièges, c'est moins cher. Vendu), fait beaucoup la queue, payé 900 yen un billet aller-retour, et commencé l'assaut télé-tracté des hauteurs. Ensuite, encore une bonne demi-heure d’ascension pédestre, et l'aurore aux doigts de rose commençait déjà à blanchir du côté des lumières de Tôkyô, qui s'étendent à perte de vue. On s'est trouvé un coin pas trop mal le long du chemin, près d'une lanterne, presque tout en haut, où les familles de Japonais se pressaient déjà le long de la barrière pour apercevoir les premiers rayons entre deux pins. Pas de gaijin ici, malgré la foule dense. En traversant la nuit et en quittant la ville, on est repassé dans le Japon des traditions, c'est net.
On a eu notre levé de soleil vers 6h50, comme prévu (on a beaucoup plaisanté sur l'attente anxieuse et incertaine de l'apparition du soleil ce matin-là), mais une petite erreur de calcul balistique nous a fait rater son apparition exacte. il a fallu qu'on se décale un peu pour le voir directement. A ce moment-là, on était bien fatigués, et complètements glacés. A environ 600 mètres d'altitude dans les bois, au premier matin de janvier, avec une petite bise qui passe entre les pins le long du chemin, à rester debout immobile en guettant les premiers rayons du jour nouveau, on a vite les pieds congelés, et le reste du corps qui ne vaut pas tellement mieux.
Le retour a été un peu chaotique, on s'est vaguement perdu de vue dans la foule, hésité à monter plus haut avant de redescendre, et décidé à la grande majorité qu'on était bien fatigué quand même, et qu'on avait froid, et faim. Décision heureuse, parce qu'avec le monde, l'attente aux télésièges pour le retour était de 35 minutes, une fois retourné à la station. De là, encore une bonne demi-heure de descente dans le froid, un atterrissage difficile, les pieds raides et gourds sur le tapis roulant, une dernière photo de groupe, et on reprend le train en sens inverse. Tout le monde a dormi sur l'épaule du voisin pendant ces derniers trois-quarts d'heure de voyage, et on est finalement revenu à Meidaimae, où tout s'achève et tout recommence toujours.
On ne s'est pas quitté comme ça pourtant ; on s'est jeté dans un gyûdon, d'un commun accord, pour manger un brin tous ensembles avant de se séparer pour de bon. J'ai jeté mon dévolu sur un oyakodon, riz-omelette-poulet-oignons, middle-size. Je l'ai descendu en trois coups de baguettes magiques.
Voilà ; j'ai donc bien commencé l'année en mangeant des tas de choses, et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que c'est plutôt de bonne augure.
En tout cas, je vous souhaite une bonne année à tous, et mes vœux sinueux les plus sincères.
* * *
Et puis aujourd'hui, c'est un gentil petit lendemain de fête comme on les aime, à l'échelle d'une résidence. Certains invités clandestins de la veille sont encore là, tout le monde s'est levé vers 4 ou 5 heures de l'après-midi, et on se retrouve dans les unités des uns et des autres pour échanger une anecdote, boire un thé en pantoufles et pyjama ou manger quelques bouchées de cheese-cake en regardant des photos et en parlant de tout et de rien. C'est plutôt cool comme manière d'entamer l'année. On souhaite que ça continue comme ça.
