vendredi 1 février 2013

Partiels impartiaux

ÇA Y EST, C’EST FINI !


Les examens son enfin terminés ! Fête, joie et débauche !...


… Mais avant tout ça, petit retour sur cette période intense et singulière, qui s’étend comme une ombre entre deux semaines de vacances d’hiver et deux mois de vacances de printemps :

Outre nos épreuves de japonais « spécial gaijin », où il s’agit réellement d’évaluer sérieusement nos compétences en langue japonaise (vocabulaire, kanji, grammaire, compréhension écrite…), j’avais une série de devoirs typiquement japonais pour mes matières classiques, où l’on peut se faire une petite idée du niveau que l’université japonaise demande à ses étudiants.
Parce que pour nous, c’est quand même un sacré petit challenge : dans mon cas, à part un cours en anglais, j’ai suivi tous mes cours en japonais, ce qui implique évidemment de lire aussi toute la documentation dans cette langue, y compris quand c’est le professeur qui la lit en classe, à la vitesse de « mon dieu il faut que je finisse mon programme du semestre ».
Ensuite, il faut également rédiger les examens en japonais, évidemment sans dictionnaire, avec des épreuves généralement limitées à une heure. Car comme pour le JLPT, les japonais aiment bien te foutre la pression en te donnant des comptes à rebours façon Mission Impossible.
La raison principale en est que, même si c’est un cliché, au Japon on ne demande pas trop de réfléchir (parce que c’est ça qui prend du temps chez nous en fait). Au Japon on demande surtout d’apprendre des choses par cœur, et de les recracher vite fait bien fait à l’examen, dans un minimum de temps. Le problème, c’est que quand on comprend pas la définition qui est donnée, ou le contexte d’un texte à trous, et qu’il faut relire cinq fois la phrase en se demandant ce que veulent dire ces p***** de kanji au milieu, et ben… même si on a un peu appris son cours, on a vite la petite goutte de sueur qui perle au coin du front, comme dans les mangas.
Parfois on demande aussi des 説明 (setsumei), des « explications », qui me font toujours frémir d’angoisse, parce qu’on nous laisse pour ça une petite demi-page et quinze minutes. Comment vous voulez expliquer quelque chose en une demi-page !? On dit que les Japonais sont 細かい (komakai), qui dans ce sens là veut dire qu’ils ont le souci du détail, mais dans mon esprit français, expliquer le processus des huit phases de tir en archerie japonaise (kyûdô pour les intimes), si j’ai bien fait mon travail de révision, ça va prendre un peu plus de quinze minutes, et surtout un peu plus d’une demi-page ! Et pourtant, j’ai travaillé ma concision ces dernières années. Mais enfin, y’a un minimum syndical, non ?

Bref, le pire dans toute l’histoire se résume au décalage culturel : en France, ou même probablement en Europe, on est entre nous, on fonctionne tous un peu pareils, et on sait globalement ce qui est attendu de nous, à plus forte raison dans les matières que l’on étudie depuis quatre ou cinq ans. Mais à l’autre bout du monde, ce qui met les nerfs à l’épreuve, c’est qu’on ne sait plus quelles sont les exigences, les critères, les attentes. Alors on se retrouve comme en début de Prépa, où on avait passé tant de temps à comprendre les mécanismes, les rouages, la psychologie de l’examinateur ; on avance à nouveau en aveugle, et on se présente à chaque devoir un peu avec la même question cruciale : « bon, alors qu’est-ce qu’ils vont encore nous avoir inventé aujourd’hui ? »

Alors pour vous donner une idée plus précise, voilà une petite visite guidée du partiel à la japonaise :

Mercredi 16 janvier : dernier « rapport » (compte-rendu) du semestre sur Natsume Sôseki pour Takayama-sensei, un énergumène dont il faudrait que je vous parle un  jour. Le cours est en anglais, alors jusque-là tout va bien. Je passe en mode « Warrior BP » (Monsieur Bonnet-Piron était mon vénéré professeur d’anglais durant mes trois ans de khâgne, pour ceux qui l’ignorent), et la tête pleine de « concis et plein », « faites des choses plus décapantes » ou autres paroles sacré de mon maître d’antan, j’empoigne une palette de surligneurs, je barbouille le texte de traits et d’annotations, et je finis par pondre en un rien de temps un petit papier en anglais sur Ten Nights of Dream, très semblable aux deux autres déjà rendus au cours du semestre (respectivement sur « la physiognomonie dans Je suis un chat » et « les aspects pittoresques dans Kusamakura »). Rien que de très commun, si ce n’est que ces autres devoir n’ayant jamais été rendus (on ne rend par les rapports au Japon), je me demande toujours si la méthode bien franchouillarde que j’applique convient au personnage haut en couleur qui nous fait cours depuis le début du semestre. Enfin, comme tous les fans japonais de l’occident, monsieur « Haute Montagne » a l’air de se satisfaire de tout, du moment que ça ait justement un goût de pensée rationnelle analytique bien exotique. Alors va pour le rationnel analytique, j’ai été dressé pour ça.
Et ces trois rapports d’une page dactylographiée chacun environ, confortablement rédigés chez soi, Internet et dictionnaire à disposition, constitueront l’évaluation du semestre. On ne se plaint pas.
Un petit titillement tout de même : je ne peux m’empêcher d’avoir, tout au fond de moi, une petite pensée un rien chauvine : c’est pas en France que ça arriverait (en tout cas, pas dans les facs que je fréquente), de laisser une classe l’emporter au paradis en validant une matière aussi facilement…

Le même jour : examen sérieux de linguistique japonaise. Pas de la tarte, pour le coup, car la professeur est adorable, mais le cours est coton, et je ne savais pas du tout quoi réviser, puisqu’il consistait en une myriade d’exemples analysés selon des thèmes d’étude. Un cours sérieux, mais parfois difficile à suivre quand on étudie le japonais depuis deux ans, et qu’on est confronté à des petits gars qui le parlent à peu près depuis qu’ils respirent.
Les deux questions à développer étaient assez classiques et concernaient chacune un thème différent abordé en cours, qu’il fallait expliquer en donnant d’abondants exemples.
Tout se serait bien passé si j’avais compris le sujet du deuxième thème (un mot, un tout petit mot au milieu de la phrase… et le monde devient obscur). J’ai donc choisi dans ma tête un thème au hasard, en espérant que c’était le bon. Raté !
Bon, ben j’ai fait un demi-hors sujet quoi ; mais j’y ai mis du cœur !

Jeudi 24 janvier : j’ai déjà fait un article sur les joies de l’Happyo-kai récemment, je ne reviens pas dessus. J’ajoute juste ici la vidéo du drama réalisé par le groupe 1, avec mon coloc Max en star vedette dedans (nu !), parce que c’est vraiment trop drôle :




Vendredi 25 janvier : examen sur la culture des arts martiaux au Japon, avec en tête Nagao-sensei, mon responsable de séminaire, soit l’équivalent japonais de mon directeur de mémoire. Bref, un mec à ne pas décevoir.
J’avais bien révisé pourtant ! Mais moi je croyais qu’on aurait juste des noms de personnes, d’associations ou de pratiques à mettre en face de définitions. Et bien non. Il fallait les inclure dans un texte à trou d’une bonne grosse page et demie. Ah oui, mais donc il faut comprendre le texte…
Play again !

Deuxième partie de l’épreuve, deux explications au choix parmi trois (« Les 8 phases du tir dans le kyûdô », « Le budô du yin et le budô du yang », et « le budô pour la paix »), dont les sujets avaient été donnés deux semaines à l’avance. Du gâteau, hein, surtout qu’on avait le droit de rédiger en anglais. Mais bon, ça ne représentait que 40% de la note, et les 60% restants étaient constitués de 4 points pour chacun des 15 mots du texte à trou.
Vous vous rendez compte ? C’est un peu comme si à un partiel en France, vous aviez environ 12 points sur 20 pour mettre 15 mots importants du cours du semestre dans un texte à trou qui le résume. En deux ou troisième année de licence.
Ça ferait un sacré taux de licenciés !

Lundi 28 janvier : l’épreuve de culture et traditions japonaises a été une Bérézina prévisible et assumée. Il faut vous dire que le cours pompeusement ramené sous cette appellation alléchante concernait en fait les ébats de deux Germains, à un siècle d’écart, dans le Japon du sakoku (fermeture aux échanges extérieurs du 17ème et 18ème siècle). Passionnant. Surtout qu’il m’a fallu deux semaines de cours pour comprendre que « Kemperu » faisait en fait référence à un certain Kämpfer, et « Shiiboruto » à monsieur Siebold. Merci au Wikipédia japonais (une technique redoutable quand vous ne comprenez pas les translitérations fantaisistes du Soleil Levant : vous faites une recherche dans Wikipédia version japonaise, et une fois sur l’article, vous passez à la version anglaise ou française du même article, soit dans un langage décent). A oui, parce que quand j’ai demandé au professeur en début d’année, il ne savait pas écrire leurs noms en alphabet…
Bref, l’épreuve en elle-même consistait une fois encore à mettre des noms de choses, de lieu ou de personnes en face de définitions, plus deux explications (en dix lignes et en japonais), et enfin une « discussion » sur un sujet donné.
La répartition de la note était encore férocement en faveur du vocabulaire, mais le plus beau de l’affaire est que j’ai découvert en arrivant dans la salle d’examen que :
1.     Malgré mon avance, l’épreuve avait déjà commencé, parce que pour une raison que je ne m’explique pas, la période 4, qui commence normalement à 14h40, commence en cas d’examen à 14h30 (faut savoir, quand même, hein ?).
2.     Pour une raison que je m’explique encore moins, chacun avait sur son petit bureau tout son cours et son manuel (un livre sur les deux personnages en question, en fait). Très visiblement, c’était autorisé (What the f***??). Fallait le savoir aussi.
Mon gros coup de bol, c’est que j’avais emmené mon cours (pour le réviser en route, vous pensez), alors je l’ai moi aussi consciencieusement sorti. Le côté moins drôle, c’est qu’un japonais qui peut lire rapidement tous les sommaires, les gros titres et lire en diagonal un passage, s’il est un peu malin, débrouillard, et qu’il a eu le courage de se présenter à une petite moitié des cours, il va trouver à peu près sans problème tout ce dont il a besoin pour répondre aux questions. Je ne parle pas de remettre la main sur les noms de personnages importants. Mais quand vous avez déjà panné moins de la moitié du cours en y assistant sans faute chaque semaine, il y a peu de chance de pouvoir faire de même en cinq minutes, surtout sans dictionnaire.
Bon ben, on a fait avec, hein. Mais je les hais quand même un peu.
Du coup, ça a quand même eu pour effet bénéfique de me faire sacrément relativiser. Je me suis dit qu’après tout, même si j’avais une sale note, à ce stade, ça ne voulait plus vraiment dire grand-chose…

Mercredi 30 janvier : Religion et philosophie. ENFIN une épreuve qui ressemble à quelque chose ! Et surtout un cours qui avait ressemblé à quelque chose. C’était un peu mon cours chouchou, avec mon professeur chouchou. Peut être aussi parce qu’il a commencé par nous dire qu’il avait fait quatre ans d’étude en Allemagne dans sa jeunesse (son sujet d’étude était « l’absolu dans l’idéalisme allemand », pour vous dire un peu). Alors forcément j’étais bien disposé à son égard, tant par sympathie et compassion personnelle que parce qu’il avait du coup une façon très « occidentale » de faire cours et d’expliquer les choses. Enfin, c’est un philosophe quoi ; et entre philosophes, on se comprend toujours au moins un peu. En tout cas mieux qu’avec les autres. (Même si vous savez sans doute pour beaucoup que la philosophie allemande, je la place personnellement à peu près derrière toutes les autres qu’il m’ait été donné de connaître et d’étudier ; mais bon, dans un tel océan de cours bizarres, enfin un peu de rigueur ! Je l’ai accueillie à bras ouverts.)
L’épreuve restait quand même très japonaise, dans le sens où les trois sujets, parmi lesquels il fallait en choisir un à développer, étaient connus deux ou trois semaines à l’avance. Mais bon, pour une fois, le professeur avait très clairement dit qu’il attendait une réflexion personnelle sur le sujet, et que c’était ce qui serait valorisé. Bon, ça restait relativement de la question de cours, et je devais rédiger en japonais sans dictionnaire, mais j’avais pu me préparer, notamment pour le vocabulaire spécifique, donc même si mon explication devait ressembler beaucoup à du petit nègre (enfin, du petit blanc en l’occurrence), je me suis un peu fait plaisir.
Et puis franchement, qui ne rêverait pas de faire une dissertation sur le concept de vacuité et de coproduction conditionnelle dans la doctrine bouddhiste du Grand Véhicule, développés par Nāgārjuna dans le sutra du prajñāpārmita ?
Moi j’étais aux anges.

Jeudi 31 janvier : Dernière étape et der des der : le compte-rendu sur mon sujet de recherche pour le séminaire Nagao. Ça c’était du gâteau. L’exigence, c’était de faire environ 2000 mots, sur le sujet développé durant le semestre. Dans mon cas, mon sujet de mémoire. Pour vous dire, mon pré-mémoire de 50 pages de l’année dernière – j’ai vérifié (pour rire) – il fait dans les 25 000 mots. Bon, pas de quoi paniquer, hein ? Si vous voulez un autre point de comparaison, cet article de blog fait lui-même un peu plus de 3500 mots (ouais, vous aussi vous trouvez que ça commence à faire long, hein ? Imaginez : vous vous contentez de lire. Moi je l’ai écrit !).
Ce qui m’a rassuré encore plus, c’est quand j’ai repris le texte d’une de mes présentations faites au séminaire durant le semestre, parce qu’elle faisait elle-même déjà dans les deux mille mots. Donc je me disais, le cas où je suis vraiment en panne, il me restera toujours la solution de copier quelques paragraphes, ça fera vite le bon nombre. Et puis de toute façon, Nagao-sensei nous adore, Nena et moi, alors je ne me faisais pas trop de souci. A partir du moment où je lui fais un truc sérieux, il devrait trouver ça bien. Bref, c’était vraiment tranquille pour la fin, et puis le travail m’intéressait pour de vrai (c’est mon sujet de mémoire quand même, il vaut mieux être intéressé…). Du coup ça s’est très bien passé, j’ai fait ma petite bafouille sur « les influences et origines de l’éthique du budô », avec surtout un gros rappel historique en introduction, qui va même me resservir pour mon mémoire.
Finalement, mon plus gros problème a été que j’ai agrafé mes pages du mauvais côté à la fin. Ça faisait pas très pro.

Pour finir, le cours d’histoire et pensée du sabre dans la culture japonaise n’a pas fait l’objet d’une épreuve écrite, car nous étions évalués à 60% sur la qualité de deux exposés réalisés en groupe au cours du semestre d’une part, et à 40% sur le contenu de notre prise de note et les questions posées en classe sur les exposés des autres groupes d’autre part. Ces comptes-rendus étaient ramassés à chaque fin de cours (il rigole pas, Sakai-sensei. C’est un kendôka aussi. Ça explique).
Bon, au début moi ça me foutait grave la trouille, mais si on y regarde de près, ça n’avait rien de très insurmontable : les exposés, réalisés en groupe de quatre ou cinq, me demandaient surtout d’être présent au travail, mais c’est sûr qu’on ne comptait pas sur moi pour prendre la parole, répondre aux questions ou lire un bouquin détaillé. Du coup, j’ai effectivement donné de ma personne autant que possible, mais c’était sans grand risque pour le résultat final.
Quant aux comptes-rendus, ça m’angoissait pas mal, surtout que je ne pouvais pas trop me rattraper en posant des questions sur les exposés des autres pour me rajouter des points : il aurait fallu comprendre ce qu’ils racontaient. Or, suivre un professeur qui fait un cours banal en japonais pour des Japonais, c’est déjà pas tous les jours facile, mais suivre un exposé sur un sujet ultra pointu, blindé de vocabulaire précis et de noms de dieux shintō à rallonge, plein de kanji introuvables dans le dictionnaire, avec des lectures rares inimaginables, le tout présenté par un élève stressé qui a 15 minutes top chrono plus ou moins deux secondes (oui, oui) pour tout expliquer, et qui adapte son débit en conséquence, et bien… c’était même pas la peine, hein. Donc je me concentrais sur les comptes-rendus, c’était déjà un bel effort de ma part… jusqu’au jour où j’ai vu le compte-rendu d’un autre élève japonais, qui l’a posé avant moi sur le tas à la fin de l’heure. Il en avait écrit moins que moi sur les exposés de la séance.
A partir de là, j’ai commencé à relativiser un peu ma honte mortelle de rendre des torchons incomplets écrits en japonais avec les pieds…


Meiji est classée au 23ème rang national des universités, ce qui n’est pas mauvais (elle est surtout très populaire pour les élèves qui sont bons sans être des génies destinés à Todai ou Waseda). Mais enfin, vous trouvez vraiment qu’une évaluation pareille vous permet de sélectionner des étudiants compétents ? Je me demande comment certains ratent leurs examens (et ça arrive !). Mon impression générale, elle-même assez caricaturale, c’est que l’université japonaise, au moins jusqu’à la « graduation » (qui correspond environ à la licence), n’a guère d’autre but que de former (au sens littéral de « mettre en forme ») des adolescents pour qu’ils fassent rapidement de bons salary men ou de bonnes OL (Office Ladies), aux normes japonaises, prêts à l’emploi (on commence la recherche d’emploi en 3ème année au Japon, soit deux ans avant la remise des diplômes en fin de 4ème année). On entend d’ailleurs souvent des remarques de la part des professeurs, qui nous disent que telle ou telle compétence pratique dans un exposé (respect du temps imparti p. ex.) nous servira plus tard pour faire des présentations en entreprise. Trop chouette.

Le plus amusant dans tout ça, quand j’y pense un peu dans ma frustration, c’est de constater qu’outre le fait que nos examens de langue japonaise sont sérieux, alors que les examens pour les Japonais sont souvent de grosses blagues, ces grosses blagues en question désavantagent nettement les étudiants étrangers. En effet, au lieu d’avoir la possibilité de sauver des billes en baragouinant une explication avec ce qu’on a dans le ventre en japonais, ce qui nous permettrait de valoriser ce qu’on a compris d’un cours avec nos compétences, on se retrouve sur un pied d’inégalité avec des natifs, qui dans le meilleur des cas ont assisté aux deux tiers des cours, ont appris leur contenu par cœur comme nous (autant que faire ce peut), et qui une fois devant l’examen comprennent toutes les consignes, lisent les textes ou les questions à tout allure, en comprenant tous les termes et toutes les nuances, pendant que nous, on galère en butant sur tous les mots.

En outre, le système d’évaluation universitaire japonais aime bien « englober » en évaluant par exemple sur des exposés faits en groupe, ou en faisant des épreuves où il est de toute manière impossible d’échouer : toutes les notes seront globalement bonnes ou très bonnes, ce qui ne permet pas la distinction des éléments. En plus, une grosse partie de la note semestrielle (souvent 40%) se fait sur la présence en cours, ce qui est proprement inimaginable en France, où la présence est un pré-requis à la compréhension d’un cours : on considère que c’est de la responsabilité d’un élève, et que cela participe de son sérieux. On n’aura jamais l’idée de l’inclure comme facteur dans une évaluation de partiel, encore moins à un tel niveau (40% !).

Ce système est donc très déstabilisant pour un Français, et c’est ce genre de situation qui m’a fait prendre conscience de l’enracinement profond du principe méritocratique dans la culture française, et par contamination dans ma propre conception des choses. Il est extrêmement frustrant pour moi de me retrouver plongé dans un système où les compétences intellectuelles personnelles sont largement minimisées au profit soit du travail de groupe, soit d’un travail qui ne permet pas de les mettre en valeur, et qui consiste simplement à s’en tenir à du « très élémentaire ».
Le plus drôle, c’est que c’est précisément ce genre de système que préconise Franck Lepage (autour de la 30ème minute, plus exactement minute 35) pour créer une école réellement égalitaire : favoriser le par-cœur, tout en réduisant l’importance de la réflexion personnelle, qui avantage avant tout les élèves déjà socialement favorisés.
Oui mais bon, on est à l’université, là, plus en primaire. Et ce que fait le Japon, c’est du super-égalitaire. Difficile à supporter pour un ego français élevé au mérite depuis l’enfance (et puis j’ai fait prépa aussi, hein ; ça aide pas à s’oublier).

Bon, il est très possible que je n’aie pas mes équivalences, vu la débâcle que vous pouvez constater, dans ce violent choc culturel avec la méthode japonaise. Mais peu importe : je me suis bien battu quand même, et j’y ai mis des tripes, comme au bon vieux temps ! Alors rien n’est perdu, ce fut une sacrée expérience.