Aujourd’hui
était également le jour du grand rassemblement de kendô au Yanaka. Le haut du dôjô (7ème dan et plus), une bonne
vingtaine de personnes en tout, était présidé par Nagao-sensei (8ème dan hanshi), Nakashima-sensei (8ème dan kyoshi), Mukô-sensei (8ème dan) sur invitation du maître des
lieux, Fukumoto-sensei lui-même (8ème
dan kyoshi). J’ai réussi à affronter les trois premiers, qui m’ont tous fait
des commentaires différents (« tiens pas ton sabre comme-ci »,
« n’arme pas comme ça », « mouche ton nez » etc.), avec un
record de brièveté pour Nagao-sensei,
qui m’a fait faire trois-quatre men, m’a dit « il faut attaquer droit, pas
de biais à droite », et m’a salué. Facile à dire ; il avait pas un 8ème
dan hanshi qui lui barrait la route, lui !
Comme
il restait peu de temps, Fukumoto-sensei
a juste terminé en faisant passer à la chaîne sur des séries de grand men toute la ligne qui attendait
de l’affronter. C’est la première fois je crois que j’ai l’occasion de coller
de magnifiques men pleine face bien
puissants à Fukumoto-sensei. Pour
une fois que c’est pas lui qui me martyrise le crâne. Je me suis fait un
plaisir, mais la revanche viendra tôt ou tard…
Le
plus intéressant aujourd’hui, c’était aussi de voir tous nos sensei 7ème
dan, qui habituellement nous baladent, redevenir soudain de petits enfants
maladroits, empêtrés dans les filets des 8èmes dan. Parce que le
sabre d’un huitième dan, ça tient en fait plus du fouet ou du filet : ils
nous emberlificotent, ils nous manipulent, et quand on est bien tout emmêlés et
qu’on ne sait plus ni où on est, ni quoi faire, le coup clac comme une lanière,
et c’est ippon-ari.
C’était
aussi intéressant de voir comment ces maîtres ont chacun développés des styles
et des manières de combattre clairement distincts. Nagao-sensei était relativement fixe, massif (physiquement) et
solide. Difficile de surmonter l’obstacle. Nakashima-sensei,
sans doute le plus jeune des quatre, avait un kendô très offensif, pointe
mobile et déroutante. Très motivant. Mukô-sensei
ne m’a pas laissé en placer une. Fukumoto-sensei,
que je connais depuis un certain temps, a toujours son kendô très large, délié,
souple et mobile : beaucoup d’armés en grand, beaucoup d’esquives en tai-sabaki et de nombreuses parades
souples avec son sabre, qui semble toujours tournoyer autour de son corps et se
trouver par hasard au bon moment au bon endroit (ses parades de dô, sabre
renversé ! J’en rêve !), avant de revenir en grande frappe large sur
la tête de l’adversaire interloqué (parfois sur les oreilles en kata-te waza, pour vous apprendre la
vie !). Le principe de la vague inéluctable.
C’est
fou de voir comment ses esquives,
comme celles de ses homologues, consistent le plus souvent à vous faire
inexplicablement frapper à côté de la
cible, plutôt qu’à bouger soi-même. Je ne m’explique toujours pas cette
capacité qu’ils ont à nous embrouiller au point que sans même avoir à faire de
mouvement, ils font en sorte qu’on les manque !
Bref,
deux grandes heures de folie, bien employées !