Aujourd’hui,
c’était ma rentrée. Quand nous sommes partis tous ensemble de la résidence ce
matin pour aller à Surugadai (駿河台) assister à notre première
heure de japonais, je me suis senti soudain comme ce fameux jour où papa et
maman vous emmènent par la main à votre premier cours de CP, un matin d’automne
avec une lumière un peu spéciale. On était tous à la queue leu leu, tout
frétillants, et on babillait comme des gamins avec leur tout nouveau cahier de
lecture. Il faut dire qu’avec le japonais, on en revient un peu là aussi.
Inutile
de vous dire que le train dans Tôkyô à 8h du matin, c’est du sport compressif
de haut niveau. Mais le dire, c’est rien ; le vivre, c’est beaucoup mieux.
Un an à ce régime me semble déjà difficilement envisageable dans l’optique où
je compte conserver mon intégrité mentale, mais toute une vie ? Je ne sais
pas comment ils font.
Par
chance (je veux dire d’un point de vue purement sociologique), notre trajet
passe par Shinjuku, plus grande gare du monde en termes de trafic de passager.
Vous pouvez pisser sur une fourmilière et coller le nez dessus armé d’une
loupe, vous aurez une sorte d’idée du quotidien que je me prépare à
vivre : c’est tout à fait l’image qu’on avait en traversant le grand hall
souterrain pour passer de la Keiô-sen
(京王線) à
la Limited Express Chuô-sen (中央線). Bien entendu, il y a du
monde, mais il faut ajouter à cela le fait que tous les japonais sont bruns, de
même couleur de peau, et qu’ils portent selon l’âge soit un uniforme pour
l’école (moins de 23 ans) soit un costume pour le bureau (plus de 23 ans).
Une
fois arrivée à la Liberty Tower de Surugadai, sixième étage, salle 1062 (on fait les choses en grand ici),
la maîtresse était très gentille.
Elle s’appelle Ida-sensei (井田先生). On s’est tous présenté en
bafouillant, comme au CP, et on a tous fait tout plein de petits exercices très
mignons avec notre voisin de table, toujours comme au CP. Bref, c’était très
rafraîchissant.
Heureusement,
parce qu’après 3 heures de rigolades, les choses se sont corsées :
Comme
il faut que je suive tous les cours possibles sur le budô (arts martiaux) pour le mémoire, mais que je suis aussi censé
valider mes deux années (japonais et
philo), ça fait un paquet de cours à envisager pour tenter une machiavélique
combo-de-la-mort double-validation-administrative-plus-cours-funky-en-bonus. Du
coup, mon programme pour ma semaine d’essai est plutôt blindé. J’ai donc
sacrifié ma pause de midi pour un retour express au campus d’Izumi. Un camarade rentrant avec moi a
eu la bonne idée de me donner l’heure toutes les cinq minutes pendant tout le
voyage en précisant à chaque fois d’un air très concerné : « C’est
bon, tu y seras à temps !... », avant de rentrer tranquillement chez
lui pendant que j’engloutissait un onigiri
en guise de repas de midi. En vrai de vrai, j’étais moins stressé que lui.
J’ai
donc enchaîné de suite sur une heure et demie de science politique en japonais, pour des Japonais. La bonne
blague ! Le professeur à commencé par me dire après cinq minutes de cours
qu’il fallait que j’arrête de soutenir ma tête dans mes mains pendant qu’il
parlait (nuit courte + digestion). Ça donnait le ton. A la fin du cours, on
avait déjà un devoir à faire (présentation en japonais de 10 à 15 minutes sur
un conflit international de notre choix).
Cours
suivant, un cours sur le manga en anglais !
Le repos ! En France, un cours en anglais, c’est chiant, ça demande
un effort terrible et ça fatigue (d’autant que bien souvent, le professeur, que
je ne citerai pas, a un accent horrible). Mais là, c’est une américaine joviale
« d’un certain âge », qui rigole (on peut mettre la tête dans ses
mains), et c’est le pied, parce que pour la première fois de la journée, je
comprends tout. Bonheur. Pour le coup, ce sont les camarades japonais
qui patinent, à grands coups de prononciations anglo-saxonnes japonisées. Bien
fait. Je me sens tout à coup très puissant.
On
y a finalement gagné un résumé d’article à rendre pour la semaine prochaine
(mais en anglais !).
La
dernière heure, c’était la récré : « séminaire » avec Nagao-sensei, en petit comité, avec une
poignée de Japonais très cools, un Coréen, et une amie serbe de ma résidence
(judôkate). Il y a même une Japonaise dans le tas qui fait du kendô (Yukari-san), et un qui fait un travail
sur le Hagakure (Kôji-kun). On a passé l’heure et demi à se présenter, à présenter
nos travaux, à regarder des photos de Budapest et des cartes d’Europe, pour
finalement se programmer un pot de bienvenue pour le jeudi 4 octobre, 19h30. Bon, je dois quand même faire une liste de
tous mes auteurs avec leur pensée principale pour la semaine prochaine.
Yahou !
Bilan :
5 × 1h30 = 7h30 de cours + 3 devoirs.
Vivement
demain, hein ?
