vendredi 21 septembre 2012

Rentrée des classes

Aujourd’hui, c’était ma rentrée. Quand nous sommes partis tous ensemble de la résidence ce matin pour aller à Surugadai (駿河台) assister à notre première heure de japonais, je me suis senti soudain comme ce fameux jour où papa et maman vous emmènent par la main à votre premier cours de CP, un matin d’automne avec une lumière un peu spéciale. On était tous à la queue leu leu, tout frétillants, et on babillait comme des gamins avec leur tout nouveau cahier de lecture. Il faut dire qu’avec le japonais, on en revient un peu là aussi.

Inutile de vous dire que le train dans Tôkyô à 8h du matin, c’est du sport compressif de haut niveau. Mais le dire, c’est rien ; le vivre, c’est beaucoup mieux. Un an à ce régime me semble déjà difficilement envisageable dans l’optique où je compte conserver mon intégrité mentale, mais toute une vie ? Je ne sais pas comment ils font.
Par chance (je veux dire d’un point de vue purement sociologique), notre trajet passe par Shinjuku, plus grande gare du monde en termes de trafic de passager. Vous pouvez pisser sur une fourmilière et coller le nez dessus armé d’une loupe, vous aurez une sorte d’idée du quotidien que je me prépare à vivre : c’est tout à fait l’image qu’on avait en traversant le grand hall souterrain pour passer de la Keiô-sen (京王線) à la Limited Express Chuô-sen (中央線). Bien entendu, il y a du monde, mais il faut ajouter à cela le fait que tous les japonais sont bruns, de même couleur de peau, et qu’ils portent selon l’âge soit un uniforme pour l’école (moins de 23 ans) soit un costume pour le bureau (plus de 23 ans).

Une fois arrivée à la Liberty Tower de Surugadai, sixième étage, salle 1062 (on fait les choses en grand ici), la maîtresse était très gentille. Elle s’appelle Ida-sensei (井田先生). On s’est tous présenté en bafouillant, comme au CP, et on a tous fait tout plein de petits exercices très mignons avec notre voisin de table, toujours comme au CP. Bref, c’était très rafraîchissant.

Heureusement, parce qu’après 3 heures de rigolades, les choses se sont corsées :
Comme il faut que je suive tous les cours possibles sur le budô (arts martiaux) pour le mémoire, mais que je suis aussi censé valider mes deux années (japonais et philo), ça fait un paquet de cours à envisager pour tenter une machiavélique combo-de-la-mort double-validation-administrative-plus-cours-funky-en-bonus. Du coup, mon programme pour ma semaine d’essai est plutôt blindé. J’ai donc sacrifié ma pause de midi pour un retour express au campus d’Izumi. Un camarade rentrant avec moi a eu la bonne idée de me donner l’heure toutes les cinq minutes pendant tout le voyage en précisant à chaque fois d’un air très concerné : « C’est bon, tu y seras à temps !... », avant de rentrer tranquillement chez lui pendant que j’engloutissait un onigiri en guise de repas de midi. En vrai de vrai, j’étais moins stressé que lui.
J’ai donc enchaîné de suite sur une heure et demie de science politique en japonais, pour des Japonais. La bonne blague ! Le professeur à commencé par me dire après cinq minutes de cours qu’il fallait que j’arrête de soutenir ma tête dans mes mains pendant qu’il parlait (nuit courte + digestion). Ça donnait le ton. A la fin du cours, on avait déjà un devoir à faire (présentation en japonais de 10 à 15 minutes sur un conflit international de notre choix).

Cours suivant, un cours sur le manga en anglais ! Le repos ! En France, un cours en anglais, c’est chiant, ça demande un effort terrible et ça fatigue (d’autant que bien souvent, le professeur, que je ne citerai pas, a un accent horrible). Mais là, c’est une américaine joviale « d’un certain âge », qui rigole (on peut mettre la tête dans ses mains), et c’est le pied, parce que pour la première fois de la journée, je comprends tout. Bonheur. Pour le coup, ce sont les camarades japonais qui patinent, à grands coups de prononciations anglo-saxonnes japonisées. Bien fait. Je me sens tout à coup très puissant.
On y a finalement gagné un résumé d’article à rendre pour la semaine prochaine (mais en anglais !).

La dernière heure, c’était la récré : « séminaire » avec Nagao-sensei, en petit comité, avec une poignée de Japonais très cools, un Coréen, et une amie serbe de ma résidence (judôkate). Il y a même une Japonaise dans le tas qui fait du kendô (Yukari-san), et un qui fait un travail sur le Hagakure (Kôji-kun). On a passé l’heure et demi à se présenter, à présenter nos travaux, à regarder des photos de Budapest et des cartes d’Europe, pour finalement se programmer un pot de bienvenue pour le jeudi 4 octobre, 19h30. Bon, je dois quand même faire une liste de tous mes auteurs avec leur pensée principale pour la semaine prochaine. Yahou !

Bilan : 5 × 1h30 = 7h30 de cours + 3 devoirs.

Vivement demain, hein ?