Entre
deux pages de vocabulaire, j'écris ce court texte pour évoquer rapidement un
sujet parallèle à ma vie quotidienne, qui me tient à cœur en ce moment.
Symboliquement c’est aussi parce qu'une fois de plus, le hasard (ou plutôt un
bon timing) fait que je suis à Tôkyô pendant que Simon passe l'année à Pékin.
En
effet, j'ai l'impression que le problème des tensions sino-japonaises autour
des îles Senkaku intéresse assez peu l’Europe en ce
moment, mais c'est ici un sujet quotidien majeur : loin de prendre le chemin de
la négociation, le ton aurait plutôt tendance à se durcir des deux côtés de la
Mer de Chine, car les enjeux de part & d'autre sont très importants : ils
ne sont pas seulement énergétiques, halieutiques ou nationalistes, ils sont
aussi diplomatiques. En effet, si le conflit engage aussi un honneur national abstrait, il
concerne surtout et beaucoup plus concrètement la capacité de chacune des
nations à simplement défendre ce qu’elle considère comme son territoire. Ces
deux choses sont bien entendu liées, mais dans le cas concret, le problème est
que la situation est passablement bloquée, car au stade où l’on en est venu,
celui qui reculera perdra une crédibilité considérable sur la scène
internationale pour les années à venir, tandis que le gagnant, surtout s’il
s’agit de la Chine, se sentira libre de poursuivre son extension (pensez
Tchécoslovaquie 1939, accords de Munich). Pour ces raisons, il y a actuellement
une forte montée des tensions dans toute l'Asie orientale (qui rappelons-le, se
réarme massivement depuis plusieurs années).
En
Europe, pris dans notre crise économique, nous oublions la guerre, parce que
dans notre état, c’est quelque chose « qui ne nous concerne plus ».
Nous sommes trop vieux. Et puis, contre qui ? Nous ne sommes vraiment
fâchés avec personne. Nos problèmes sont internes (c’est ça la vieillesse) :
politiques, sociaux et financiers. Il n’y a qu’à voir le nombre incroyable
d’interminables discussions pointilleuses entre hauts spécialistes pour savoir
quelles solutions mettre en œuvre pour enfin sortir de la crise de 2008.
Mais
ici, le problème est dangereusement plus simple : des Chinois en colère
brûlent des voitures japonaises d’un côté, et des Japonais agacés manifestent
dans le quartier de l’ambassade chinoise à Roppongi de l’autre. Vu d’ici, le centre du
monde maintenant ça n’est plus nous, c’est bien certain.
Je
vous renvoie à cet
article du monde sur le sujet. Je le trouve un peu alarmiste comparé à
d'autres sources, mais il me paraît être un bon bilan de la situation et des
enjeux, par une personne manifestement compétente.
Rectification
(26 septembre) : Contrairement à ce que j'ai cru d'abord, je constate qu'au
contraire, l'Europe est très concernée par le conflit en Mer de Chine, malgré
ses propres tracas (manifestations monstres à Madrid ?). Combien de temps les
gouvernements pourront-ils encore protéger les investisseurs institutionnels de
la colère grandissante ? Les pratiques autoritaires se multiplient doucement
face à la protestation de plus en plus massive. "Plus jamais
ça", mais aujourd'hui, le conflit gronde partout.
