mardi 25 septembre 2012

Du Wasabi dans les marines

Entre deux pages de vocabulaire, j'écris ce court texte pour évoquer rapidement un sujet parallèle à ma vie quotidienne, qui me tient à cœur en ce moment. Symboliquement c’est aussi parce qu'une fois de plus, le hasard (ou plutôt un bon timing) fait que je suis à Tôkyô pendant que Simon passe l'année à Pékin.
En effet, j'ai l'impression que le problème des tensions sino-japonaises autour des îles Senkaku intéresse assez peu l’Europe en ce moment, mais c'est ici un sujet quotidien majeur : loin de prendre le chemin de la négociation, le ton aurait plutôt tendance à se durcir des deux côtés de la Mer de Chine, car les enjeux de part & d'autre sont très importants : ils ne sont pas seulement énergétiques, halieutiques ou nationalistes, ils sont aussi diplomatiques. En effet, si le conflit engage aussi un honneur national abstrait, il concerne surtout et beaucoup plus concrètement la capacité de chacune des nations à simplement défendre ce qu’elle considère comme son territoire. Ces deux choses sont bien entendu liées, mais dans le cas concret, le problème est que la situation est passablement bloquée, car au stade où l’on en est venu, celui qui reculera perdra une crédibilité considérable sur la scène internationale pour les années à venir, tandis que le gagnant, surtout s’il s’agit de la Chine, se sentira libre de poursuivre son extension (pensez Tchécoslovaquie 1939, accords de Munich). Pour ces raisons, il y a actuellement une forte montée des tensions dans toute l'Asie orientale (qui rappelons-le, se réarme massivement depuis plusieurs années).
En Europe, pris dans notre crise économique, nous oublions la guerre, parce que dans notre état, c’est quelque chose « qui ne nous concerne plus ». Nous sommes trop vieux. Et puis, contre qui ? Nous ne sommes vraiment fâchés avec personne. Nos problèmes sont internes (c’est ça la vieillesse) : politiques, sociaux et financiers. Il n’y a qu’à voir le nombre incroyable d’interminables discussions pointilleuses entre hauts spécialistes pour savoir quelles solutions mettre en œuvre pour enfin sortir de la crise de 2008.
Mais ici, le problème est dangereusement plus simple : des Chinois en colère brûlent des voitures japonaises d’un côté, et des Japonais agacés manifestent dans le quartier de l’ambassade chinoise à Roppongi de l’autre. Vu d’ici, le centre du monde maintenant ça n’est plus nous, c’est bien certain.

Je vous renvoie à cet article du monde sur le sujet. Je le trouve un peu alarmiste comparé à d'autres sources, mais il me paraît être un bon bilan de la situation et des enjeux, par une personne manifestement compétente.

Rectification (26 septembre) : Contrairement à ce que j'ai cru d'abord, je constate qu'au contraire, l'Europe est très concernée par le conflit en Mer de Chine, malgré ses propres tracas (manifestations monstres à Madrid ?). Combien de temps les gouvernements pourront-ils encore protéger les investisseurs institutionnels de la colère grandissante ? Les pratiques autoritaires se multiplient doucement face à la protestation de plus en plus massive. "Plus jamais ça", mais aujourd'hui, le conflit gronde partout.